04.05.2012
Souffrons donc qu'on nous mente !
On parle bien peu de vérité, je trouve.
J'ai l'étrange impression que nous avons baissé les bras dans cette quête essentielle pour l'être humain qu'est la recherche de la vérité. C'est pourtant notamment notre volonté de comprendre, au delà des perceptions sensorielles que nous en avons, la nature réelle des choses - leur "vraie nature" - qui nous distingue des animaux.
Cette recherche du vrai peut se combiner en de multiples méthodes (empirique, théorique, analytique, statistique, probabiliste) et se rattacher à de multiples domaines (sciences dures, humaines, économiques, juridiques) soumis à des facteurs aléatoires plus ou moins nombreux et/ou relevants.
La science politique est probablement le domaine le plus tributaire de ces facteurs aléatoires, mais aussi le plus importante dès lors qu'il détermine, ne serait-ce qu'indirectement, les moyens (humains, éthiques, financiers) alloués aux autres domaines.
La question de la méthode est dès lors cruciale à deux niveaux : d'une part, la recherche de vérité factuelle, destinée à dresser un portrait objectif de la situation en un temps T et d'autre part, la recherche de la vérité réactionnelle destinée à limiter, à terme, l'impact des problèmes que pose cette situation.
Prenons un exemple : la question migratoire (à mes yeux).
1. La vérité factuelle
Aujourd'hui, nous pouvons constater que la politique migratoire est tributaire des contingences suivantes : il n'est pas possible d’accueillir plus d'un certain nombre d'immigrants sur un territoire donné. Nous avons donc besoin de règles permettant de limiter l'afflux d'immigrants, de manière à le rendre compatible avec les limites physiques et sociales d'un territoire donné. Pour être crédibles, ces règles doivent pouvoir être appliquées, ce qui implique que les décisions prises en vertu de ces règles puissent être exécutées.
L'exécution de ces règles pose toutefois des problèmes. D'une part, la question migratoire souffre d'une contingence évidente : la pression migratoire est le résultat naturel, inévitable, d'une forte disparité des richesses matérielles, couplée à une forme quasi-publicitaire d'encouragement médiatique à en accumuler le plus possible, le plus vite possible. La recherche de la vérité en matière migratoire ne peut occulter ce qui précède à des fins électoraliste si des solutions viables veulent réellement être trouvées.
D'aucuns justifient nos positions actuelles par le fait qu'elles « ne sont pas pires qu'ailleurs ». Certes, mais notre situation socio-économique est largement meilleure qu'ailleurs, ce qui accroit notre responsabilité face à la question migratoire et à sa dérive répressive, qui fait de la condition même d'étranger une présomption de culpabilité qui rejaillit sur les innocents, sans pour autant faire baisser les statistiques de la criminalité, au contraire.
Aussi, quelques cas injustes et/ou non suivi d'effets ne peuvent être tolérés si nous prétendons à l'élaboration d'une vérité réactionnelle adéquate et à la mesure de la qualité de nos institutions.
A cet égard, il faut être conscient que les solutions actuelles ne conviennent pas. Elles ne les protègent pas plus qu'elles ne nous protègent. Elles ne sont ni claires ni dissuasives, entretiennent pourtant des discriminations non justifiées, et partant, sont difficiles à appliquer.
2. La vérité réactionnelle
On l'a vu, cette vérité réactionnelle doit tenir compte de la pression migratoire exercée sur les étrangers. Elle doit donc opposer des leviers à cette pression, qui doivent pouvoir être exercés dans le cadre des politiques intérieures et extérieures.
Il est donc nécessaire d'élaborer de nouvelles règles fortes et créatives pour faire face à ce phénomène naturel, de la manière la plus juste et humaine possible. Je risque quelques pistes.
Dans les pays de provenance:
- Il faut décourager l'émigration (dont il faut rappeler qu'elle implique également une fuite des cerveaux) en expliquant clairement les conditions à remplir pour pouvoir immigrer et s'intégrer chez nous sans encourir de sanction. Il faut insister sur la nécessité de fournir des preuves documentaires strictes et non-équivoques. Il faut malheureusement aussi évoquer la mauvaise réputation dont ils jouissent chez nous. Il faut souligner que faut d'autorisation de séjour valables, ils encourent la détention administrative. Ils s'exposent à la tentation de la criminalité pour rembourser les lourds coûts (y compris humains) de leur voyage. Tout cela doit leur être expliqué.
- Bien entendu, l'aide au développement doit être maintenue, voire même augmentée.
Chez nous:
- Il faut être conscient de ce qu'ils ont vécu, enduré, de ce qui les a poussé à quitter familles et repères pour venir tenter leur chance ici. Il faut être conscient aussi de ce qu'ils peuvent nous apporter : une farouche volonté de s'en sortir, d'améliorer leur condition et celle de leurs famille, une volonté de travail évidente, une formidable opportunité d'enrichissement mutuel.
- Il faut dès lors être conscient que les conditions de leur séjour en attente de renvoi sont insatisfaisantes, dès lors qu'elle ne leur offrent parfois aucune autre perspective que la criminalité. Or, cela tombe bien, notre région est en panne d'infrastructures et a donc besoin de travailleurs non-qualifiés et disposés à travailler à des conditions avantageuses : nous devons construire des logements, des ponts (ou des tunnels, mais je préfèrerais un joli pont), des voies ferroviaires (entre Genève et Lausanne, un simple exemple...) que nous pourrions en partie partager avec les migrants, comme nous l'avons fait avec les Italiens, les Portugais et les Espagnols en leiur temps. Aurons-nous besoin d'une autre guerre mondiale pour le faire ? Vu le coût élevé du travail des résidents, il y a peut-être quelque chose à creuser également en matière de compétitivité économique...
- Bien entendu, il faut être conscients que nous ne pouvons pas les accueillir tous, pour notre bien et pour le leur. Le Nord n'a pas vocation à vider le Sud. Le nord n'a pas non plus vocation à tolérer tous les comportements. La justice pénale et administrative doit donc être mieux coordonnée, les infrastructures de détention administratives repensées, les règles clarifiées.
- Cela étant, faut être conscient que la formation de ceux qui, en bout de chaine, doivent concrètement faire exécuter ces solutions – en d'autres termes procéder au renvoi, parfois forcé – est parfois insuffisante. Le dédain côtoie la défiance de part et d'autre de l'autorité. L'incompréhension mutuelle brise les ponts, rend encore trop souvent les causes et les conséquences du renvoi injustes et même tragique. Il faut donc améliorer la formation, favoriser le contact humain, la discussion, la compréhension des enjeux des uns et des autres, la psychologie des intervenants.
Cela implique quelques investissements, mais surtout des optimisations. Nous sommes encore relativement riches et on n'a rien sans rien, sans compter que quelques retombées financières potentielles pourraient bien nous surprendre, à terme et à condition de jouer juste.
***
Voila ma vérité sur la question migratoire. Elle n'est pas LA vérité, mais conjointement à la vôtre, à la leur, elle peut s'affiner, s'en rapprocher. Sans cette nécessaire recherche conjointe de vérité, on n'avancera à rien.
Or, je constate aujourd'hui dans quelques articles que, pour prendre l'exemple de notre voisin hexagonal, le mensonge manifeste et vérifiable dans le discours politique ne semble choquer personne. Peu importe celui qui en débite le moins, on préfèrera « l'énergie » ou « le charisme » de l'autre. De l'avis général, Bayrou était celui dont le discours et les projets étaient les plus réalistes, les plus conformes à la vérité. Et pourtant, le peuple français à, en conscience, choisi de voter pour ceux qui s'en éloignaient.
En matière de science politique, aujourd'hui, le mensonge fait donc loi. Et la France n'a pas le monopole. Chez nous, il n'est pas une grande formation politique qui ne nous abreuve de raports partisans, de statistiques tronquées ou biaisées, voir même, lorsqu'on se rapproche des extrêmes, de mensonges évidents. Je suis choqué que rien (ou si peu) ne soit entrepris pour donner aux citoyens des informations objectives, suffisantes, de nature à éclairer leurs choix.
Comment en sommes-nous arrivé là ?
Bises à tous !
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25.04.2012
Meck Serono: quelques observations...
Le cadre général
Visiblement, nous n'avons pas d'autre choix que de maintenir, voire d'améliorer la compétitivité de notre Canton (voire de notre pays) pour contre-balancer les effets du franc fort. Aussi pénible et injuste soit-elle, il serait irresponsable de faire fi de la réalité économique mondiale, dont notre petite Suisse et ses habitants sont fortement tributaires.
Dans le domaine pharmaceutique en particulier, on ne peut ignorer la quantité de temps (10 ans environ) et d'argent (près d'un milliard) nécessaires pour développer de nouvelles molécules efficaces et rentables. Ces contingences incitent les grandes pharmas à séduire les investisseurs, soit les actionnaires (lesquels sont aussi des fonds de pensions, et pas seulement de vils spéculateurs), en leur offrant des dividendes intéressants. Telle est la réalité d'une entreprise, pharmaceutique en particulier. On peut en penser ce qu'on veut, mais on ne peut pas en faire abstraction à des fins purement idéologiques.
Si l'on veut conserver sur notre territoire les grandes entreprises de biotechnologie et les emplois qu'elles génèrent, nous ne pouvons dès lors faire l'économie d'un cadre fiscal et institutionnel favorable, voire particulièrement favorable, compte tenu de la concurrence mondiale. Par conséquent, pas question, à mon sens, d'imposer davantage les entreprises.
A cet égard, j'ai l'impression que le PS loupe le coche, lorsqu'il préconise aveuglément l'augmentation de l'imposition des sociétés.
Ce qui précède ne doit en revanche pas conduire à l'immobilisme politique fréquemment et complaisamment préconisé par le PLR et le PDC, bien au contraire. Si l'initiative du PLR tendant à lutter contre la bureaucratie inutile va probablement dans le bon sens (celui de l'attractivité et de l'efficience administrative), ce parti ne saurait se réfugier derrière cette seule proposition pour s'exonérer de toute autre réflexion.
Les conséquences immédiates et l'attitude à adopter dans une perspective d'avenir
Plusieurs centaines d'employés se trouvent aujourd'hui sur le carreau à la suite d'une décision prise par une société étrangère au sujet d'une filiale rentable et profitable (quoiqu'en régression et aux perspectives incertaines, j'y reviendrai).
On a beaucoup entendu que peu de « passerelles » (je parlerais plutôt de « leviers ») permettent à l'Etat d'imposer des plans sociaux aux entreprises, bénéficiaires de surcroît, qui décident de se re-localiser hors de Suisse en licenciant son personnel en masse.
Néanmoins et pour autant que le cadre institutionnel et fiscal demeure attractif (ce qui implique visiblement encore quelques progrès en termes de pragmatisme, v. ci-dessus), il ne serait peut-être pas inutile de réfléchir à des modifications législatives permettant de pallier à cette absence de levier.
Or, il s'agit là d'une problématique difficile, dès lors que toute mesure ressemblant de près ou de loin à de l'interventionnisme, voire à du protectionnisme, est susceptible d'avoir des conséquences difficilement maîtrisables en termes d'attractivité et donc, d'emploi.
Je me garderai par conséquent d'esquisser ici les contours d'une solution globale, dont l'élaboration nécessite une concertation et des compétences auxquelles ne n'ai pas la prétention de pouvoir me substituer. L'affaire Merck Serono doit toutefois nous inciter à réfléchir sur la question, sans complaisance, aux fins d'élaborer des gardes-fou adaptés.
Ce qui précède devrait inciter nos dirigeants à organiser une concertation d'urgence et à laisser de côté leurs divergences idéologiques. Force est malheureusement de constater que tel ne semble pas encore être leur intention.
Les solutions concrètes pour aujourd'hui
De manière plus immédiate, Laurent Seydoux suggérait à juste titre sur le plateau de Pascal Décaillet que les actifs (humains et matériels) de Merck Serono pourraient désormais être valorisés au sein d'incubateurs, d'entreprises bio-tech de taille plus modeste. Il souligne à cet égard que la majorité des nouvelles molécules voient le jour dans ces incubateurs, lesquels sont donc l'avenir de l'industrie pharmaceutique.
Il serait toutefois naïf de penser qu'une telle réaffectation puisse avoir lieu du jour au lendemain.
Le Conseil d'Etat doit ainsi mettre toute son énergie dans la perspective de favoriser le reclassement des ex-employés de Merck Serono au sein de telles structures, respectivement d'en encourager la création par un dialogue constructifs avec les parties-prenantes du secteur privé, lesquelles sont susceptibles de faire bon usage des infrastructures désormais désertées par Merck Serono.
Une reflexion personnelle
En 2006, Ernesto Bertarelli a vendu Serono à Merkt, réalisant ainsi un profit de 16 milliards de francs. Mais qu'a-t-il réellement vendu ?
Serono était une entreprise pharmaceutique certes rentable, mais ne disposant pas dans ses actifs de solutions viables pour assurer la relève de sa molécule phare, le « Rebif », respectivement pour diversifier ses sources de profit. S'il est toujours plus facile d'être intelligent a posteriori, l'on ne pouvait pas ignorer que cette absence de perspective était susceptible d'avoir des conséquences à moyen-terme, soit celles que l'on connaît aujourd'hui.
Pierre-François Unger déclarait en effet à Pascal Décaillet que cette problématique et ses conséquences potentielles étaient connues depuis longtemps de nos autorités politiques. Je laisse aux autres le soin de jeter les pierres qui leurs chantent.
Je m'interroge toutefois sur la possibilité, lorsqu'une entreprise suisse d'une certaine taille, rentable et bénéficiaire de surcroît, est revendue par un actionnaire majoritaire à une société étrangère, de prévoir la création d'un fonds constitué par un pourcentage du prix perçu par le vendeur, libérable à une certaine échéance et selon certaines conditions (pérennité assurée de l'entreprise vendue, vérifiable à l'échéance par un audit), dans la perspective d'amoindrir les conséquences d'une éventuelle fermeture.
Sur 16 milliards de profit, le prélèvement d'un milliard (soit nettement moins de 10% du produit de la vente) me semble ainsi à même de soulager les caisses de chômage confrontées à un afflux massif de demandeurs d'emploi.
Priver conditionnellement Monsieur Bertarelli de 10% de son confortable bénéfice sur la revente de sa société ne me semble pas être une atteinte disproportionnée à son intérêt privé, soit la protection de sa liberté économique, eu égard aux intérêts privés des employés licenciés et à l'intérêt public à ne pas payer, via les Caisses de chômage, pour les erreurs de gestion passées et présentes des grandes entreprises privées.
Je note en passant qu'à teneur de notre législation actuelle, les sociétés anonymes sont tenues d'affecter une partie de leurs bénéfices à des réserves obligatoires.Dans le cadre d'une revente, avec profits, d'une entreprise suisse à un repreneur étranger, la constitution d'un fonds, une sorte de plan social préventif, ne me semble dès lors pas incompatible avec l'esprit de nos lois actuelles.
Cette solution est d'autant plus pertinente que, comme on l'a vu, les carences dans la gestion de Merck Serono – et probablement de Serono avant elle – en matière de recherche et développement étaient parfaitement identifiables et leurs conséquences prévisibles, de sorte que la responsabilisation des acteurs économiques doit être davantage assurée.
Je ne suis pas aveugle, il est trop tard pour qu'une telle solution puisse répondre à la situation actuelle. Elle me semble toutefois digne de réflexion pour l'avenir. Ne dit-on pas que gouverner, c'est prévoir ?
Les réactions politiques observées à ce jour
Sans surprise, le PS s'attaque aveuglément aux multinationales et réclament davantage d'impôts. Sans surprise, le PLR reproche aveuglément au PS de prôner des solutions risquant d'affaiblir notre économie. Sans surprise, le MCG nous fait croire qu'il est possible d'imposer un plan social à Merck Serono, au mépris de la réalité des rapports entre public et privé. Sans surprise, le PDC se contente de ne pas trop se mouiller et pointe précisément du doigt la complexité desdits rapports, tout en réaffirmant son indignation face à l'attitude expéditive de Merck KgaA.
Une lueur d'espoir tout de même : Laurent Seydoux est le seul a avoir fait preuve d'une attitude constructive, courageuse et pragmatique et évoquant l'essor des incubateurs de petites bio-tech, susceptible d'intégrer les employés licenciés par Merck Serono et les efforts à entreprendre par le Conseil d'Etat afin de favoriser cette solution.
Alors bien sûr, il est le seul à n'avoir tapé sur personne. Il est le seul a ne pas s'être borné à chercher des coupables. Il est le seul à ne pas s'être arc-bouté sur des solutions toutes faites et impraticables. En d'autres termes, il est le seul à n'avoir pas fait d'électoralisme, mais à s'être préoccupé de trouver des solutions concrètes.
***
J'invite ceux qui me liront à réfléchir à ce qui précède lorsqu'ils éliront leur prochain Conseiller d'Etat. Et bien sur, si vous pensez que je suis à côté de la plaque, n'hésitez pas à m'expliquer pourquoi !
Bises à tous !
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04.04.2012
Eloge de la politique du Bisounours
On me taxe souvent de « Bisouours » lorsqu’on évoque mon approche, au demeurant (encore) très théorique, de la politique.
Bisounours car je prône le dialogue. Bisounours car je prétends abolir les divisions dogmatiques au profit du débat d’idées concrètes. Bisounours car j’entends défendre l’idée selon laquelle la politique conçue comme un affrontement ne peut qu’alimenter une société de violence. Bisounours car il me semble trop facile de se complaire dans cette situation pour récupérer cette violence à des fins électoralistes. Bisounours car je pense que la justice ne devrait pas avoir de couleur, ne devrait appartenir à aucune classe sociale, à aucun « type » de citoyen, à aucun dogme.
Si c’est cela, être un « Bisounours », alors j’en suis assurément un. Et fier de l’être.
C’est donc avec une grande déception que je constate que les campagnes pour l’élection partielle du Conseil d’Etat genevois font bien peu de cas des idées et, à l’image de notre grande voisine hexagonale, se focalisent sur les hommes, les étiquettes politiques et les dérapages formels.
On m’a répondu qu’une élection majoritaire se nourrissant à l’auge du vote utile, il était naïf de penser qu’on pouvait faire fi de cette approche belliqueuse. On m’a répondu qu’en politique, on ne se battait pas pour un parti, pour une idée, pour des valeurs, mais contre les autres. On m’a dit que telle était la règle du jeu.
Croit-on le citoyen trop benêt pour lui refuser le débat d’idées et lui substituer un simpliste échange de traits ? A-t-on si peu confiance en nos institutions collégiales qu’on juge l’électoralisme plus sûr que la politique ? Notre incapacité à discuter est-elle une fatalité ?
Je soutiens Laurent Seydoux car j’ai foi en sa capacité à écouter. J’ai foi en sa capacité à comprendre les arguments divergents. J’ai foi en sa capacité à se battre pour des intérêts qui ne sont pas nécessairement les siens, mais ceux de tous. J’ai foi en la capacité des Verts Libéraux à faire valoir des projets ambitieux, novateurs et pragmatiques, à les discuter avec tous nos partenaires politiques, à les équilibrer de nos divergences sans les dénaturer pour autant.
Je ne dis pas que d’autres candidats n’en seraient pas capables. Pierre Maudet et Anne Emery-Torracinta seraient assurément de bons Conseillers d’Etat. Mais parviendront-ils à s’affranchir de leurs étiquettes politiques pour gouverner au profit de tous ? Au vu des arguments électoralistes développés par leurs partis respectifs, je me permets de ne pas leur prêter la même foi qu’à Laurent Seydoux, y substituant une confiance plus relative que je veux néanmoins teintée d’optimisme.
Quoi qu’il advienne de cette élection, j’espère seulement que les citoyens sauront choisir de défendre des valeurs et faire confiance en nos institutions pour les concilier à notre profit.
Et bien entendu, j’espère qu’ils oseront défendre la cohérence politique que nous prônons chez les Verts Libéraux. J’espère qu’ils oseront voter pour Laurent Seydoux et non contre les autres !
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26.03.2012
Mes projets politiques
Je viens de faire mon comming out politique. Le drame. Il va donc falloir proposer sans se planter. Je requiers votre assistance !
Voici des idées que je traine depuis un moment. Je vous les soumets, non sans évoquer préalablement celle que je destine au parti qui m'a accueilli: revoir le site internet et y intégrer un système de proposition et de financement d'initiatives populaires.
Le principe est simple: les Verts lib' proposent, expliquent leurs propositions, et vous disposez. Vous pouvez non seulement voter sur la pertinence des propositions, mais également les commenter, les affiner et... LES FINANCER. Faire de la politique coûte cher, il ne faut pas se voiler la face. J'imagine donc un modèle basé sur "my major company", à la différence près qu'on y promeut des idées, des projets politiques.
Qu'en pensez-vous ? Folie ou ambition ?
Et pour commencer, je propose ce qui suit et vous invite à me faire part de vos commentaires, critiques et suggestions.
- initiative pour l'exercice généralisé et facilité des droits politiques par internet: l'eNitiative ;)
Parce qu'internet et partout sauf là, du moins pas sérieusement. Il faut bousculer les choses. Nos compétences techniques en la matière (EPFL / EPFZ) nous permettront de trouver des solutions aux question de sécurité et de protection des données. 60% d'abstention, c'est trop. Il faut faciliter l'exercice des droits politiques: non seulement les droits de vote et d'élection, mais aussi ceux d'initiative et de référendum.
Il est temps de réfléchir à la manière adéquate de conjuger notre démocratie au XXIème siècle.
- initiative pour une taxe de mise en circulation augmentée drastiquement sur les véhicules poluants, assortie d'exonérations pour les véhicules propres.
Je précise tout de suite que je suis fan de voitures et de motos... Peu crédible vous me direz ? Oui, mais non. Je comprendrais parfaitement de devoir payer davantage pour profiter de mes vices mécaniques. Je serais prêt à attendre davantage avant d'acheter mon prochain bolide pour financer un fonds pour la mise en place de projets écologiques. Quitte à payer 100% de taxe (sur le prix de vente) pour, par exemple, une moto ou une voiture de sport.
- initiative pour la suppression des droits de recours en matière de construction en période de pénurie de logements, en contrepartie de la création d'un fonds d'indemnisation financé par les promoteurs immobiliers.
La situation genevoise est catastrophique. Nous devenons tristement connus pour notre recourite en temps de pénurie de logements. Ce domaine est devenu le lit de luttes dogmatiques stériles qui bloquent tout projet, toute ambition. Cette situation ne peut plus perdurer. Il faut pouvoir assouplir les conditions de construction; alléger les procédures, tout en garantissant un haut niveau de qualité et d'adéquation.
- initiative pour une dépénalisation progressive et sélective des stupéfiants.
Un projet fondé sur trois principes (et non plus quatre pilliers ridicules, énergivores et inéfficaces) : la prévention, le contrôle, la perception. La perception de taxes sur la vente régulière de stupéfiants. Le contrôle de leur qualité, à l'instar de tout produit mis en circulation. L'utilisation des taxes récoltées pour développer des compétences inédites et accrues en matière de prévention des addictions.
Inutile de dire que les drogues les plus nocives demeurent interdites. Les coût économisés sur la répression des autres pourraient être réinvestis dans la lutte sur le traffic international d'héroïne et de certaines drogues de synthèse type "drogue du violeur". Il est temps de repenser nos priorités en matière de répression.
- initiative pour le recrutement d'agent de police cantonale afin d'accroitre la présence piétonne et de proximité.
La police manque d'effectifs. C'est un fait avéré. Il faut donc accroitre l'effectif policier, mais pas n'importe comment: il faut augmenter la présence à pieds dans nos rues, augmenter le rapport de proximité. A cette fin, il est nécessaire de fournir à nos effectifs une formation pointue et de qualité. Nombreux sont ceux à le réclamer.
Il ne faut pas laisser le problème sécuritaire à l'extrême droite. Le sentiment d'insécurité s'accroît, il faut en prendre acte. Il n'y a pas de fumée sans feu. Prenons le problème à bras le corps, au lieu de désigner de faux coupables.
- initiative pour la rationalisation de l'échange d'informations entre les services et autorités administratives et judiciaires.
La lourdeur des procédures d'échange d'informations internes à l'administration sont sources de nombreuses pertes de temps - et d'argent - pour le justiciable/citoyen. Si le cloisonnement des informations répond à une demande de protection de l'information, pareille mission peut également être accomplie tout en facilitant les échanges, en mettant davantage le fardeau de la documentation sur l'administration, si j'ose dire.
Nous disposons des gardes fous et des compétences nécessaires pour mettre sur pieds une iAdministration.com ! ;)
- initiative pour la fixation des droits de greffe au pro-rata du revenu (rendement de fortune inclus).
Il relève de la lapalissade de dire que l'accès à la justice est facilité en proportion des moyens financiers à disposition. L'Assistance juridique fait admirablement son travail, mais là encore, manque de moyens... qu'il faut donc trouver quelque part. La solidarité doit être de mise, désormais. Et plus encore dans le domaine de l'accès à la justice. De bas revenus pourraient ainsi bénéficier d'exonérations pour faire valoir leurs droits. Le critère de la valeur litigieuse doit pouvoir être pondéré.
Il en va du principe d'égalité des armes.
- initiative pour l'encouragement aux notifications électroniques (économies de papier).
La notification des actes officiels par courrier recommandé est aujourd'hui un anachronisme flagrant. Il faut offrir aux citoyens qui le souhaitent un dispositif de notification électronique avec accusé de réception. Eonomies de temps, de papier, d'effort et... d'ambiguité quant aux dates de notification !
Win-Win-Win.
- initiative pour l'interdiction des tout-ménages publicitaires, sauf autorisation exprès de l'ayant droit (inversion du principe actuel).
La encore, un énorme gaspillage de papier, à la seule fin de nous assomer d'incitations à la consommation et de propagande politique. Cette époque est révolue et l'autocollant "pas de pub" aussi. "Pas de pub" doit être la règle, l'inverse l'exception. C'est simple, logique, économique et écologique.
***
Vos critiques, ascerbes, sont les bienvenues. Puissent-elles être constructives !
Bises à tous !
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08.03.2012
Investissons notre avenir !
De grands économistes, dont le plus que crédible Jacques Attali (v. http://www.slate.fr/story/50971/jacques-attali-verite-hol...), estiment que la meilleure solution pour sortir de la crise consiste à stimuler l’économie par des investissements étatiques massifs.
Si la solution est préconisée pour la France, elle s’applique encore davantage à la Suisse, dont la situation économique est incomparablement meilleure, notamment sous l’angle des taux d’intérêts auxquels elle peut emprunter.
J’esquisserai trois vastes projets qui pourraient être conduits en Suisse pour stimuler l’économie, de manière à – pourquoi pas ? – diminuer (encore) le taux de chômage, favoriser l’intégration des étrangers et cerise sur le gâteau, diminuer la criminalité.
1. Moderniser nos instruments démocratiques
La Suisse se targue, à juste titre, d’être l’Etat champion de la démocratie. S’étant sans doute trop longtemps reposé sur ses lauriers, notre pays semble avoir renoncé à moderniser ses institutions, hormis quelques timides projets pilotes.
Ce qui me dérange actuellement, c’est que nous nous prétendons les chantres de la démocratie directe, alors qu’à chaque scrutin, l’abstention est systématiquement et largement majoritaire. Il me semble dangereux de nous complaire dans cette situation sans rien tenter pour inciter les abstentionnistes à faire usage de leurs droits politiques, le cas échéant en en facilitant l’exercice.
Internet fait partie intégrante de nos vies en ce début de XXIème siècle. Un pays aussi avancé que le nôtre aurait dû depuis longtemps songer à créer une plateforme en ligne vouée à l’exercice des droits politiques.
Une plateforme permettant non seulement de voter et d’élire en ligne, mais également de récolter des signatures en vue d’initiatives et de référendums. L’on pourrait de la sorte grandement faciliter l’exercice des droits politiques en tirant parti du potentiel illimité d’internet en matière de communication.
En poussant l’idée, l’on pourrait accompagner ces instruments d’un forum permettant aux simples citoyens comme aux politiciens d’expliquer leurs choix, de défendre leurs projets, mais également de faire part de leurs doutes.
Une telle structure permettrait également d’élaborer des outils statistiques puissants permettant de dégager les grandes tendances quant à tel ou tel sujet. Pour garantir l’indépendance de ces statistiques et éviter tout débordement sur les forums, il conviendrait de mettre en place un nouvel office fédéral, administré par un Conseil d’experts apolitiques formés à la psychologie, à la sociologie, à l’économie et au droit, chapeauté par une autorité de surveillance élue par la population.
On objectera à ce projet ambitieux qu’il se heurte à de nombreuses questions de sécurité. Certes, mais nous disposons de compétences uniques, notamment dans nos EPF de renommées mondiales, pour parer à ces obstacles. Nous devons faire confiance à nos cerveaux pour trouver des solutions techniques fiables et pratiques pour y parvenir.
De plus, l’intérêt public à rendre accessible au plus grand nombre nos institutions démocratiques me semble l’emporter sur un quelconque risque résiduel.
2. Moderniser nos infrastructures
Les possibilités ne manquent pas. L’élargissement de l’autoroute entre Genève et Lausanne est une arlésienne à laquelle les pouvoirs publics se frottent du bout des doigts. Une troisième voie dans chaque sens me semble pourtant une nécessité, tant dans le but de fluidifier le trafic que d’améliorer la sécurité routière.
Je ne doute pas que les citoyens suisses seraient heureux de voir l’Etat se préoccuper davantage d’améliorer la qualité de nos autoroutes que de la manière la plus fiable de les sanctionner pour de menus excès de vitesse.
Parlons également de la traversée de la rade, une autre arlésienne scandaleuse. Il est bien joli de vouloir promouvoir la région franco-valdo-genevoise comme locomotive économique de la Romandie, sans pour autant lui permettre d’advenir faute d’infrastructure adéquate.
Je me prends enfin à rêver de cette fameuse liaison à grande vitesse entre Genève et Zurich, un trait d’union salutaire entre Romands et Alémaniques qui nous permettrait sans doute d’avoir enfin l’impression que nous habitons le même pays. La récente polémique à cet égard (cf. Weltwoche) est un symptôme révélateur des carences en la matière. Je n’oublie pas nos amis tessinois, auxquels il est encore si fastidieux de rendre visite…
3. Créer des logements en hauteur
Nous nous plaignons sans cesse de l’afflux d’étrangers dans notre pays, qu’ils proviennent de pays pauvre ou qu’il s’agisse des riches expatriés qu’importent chez nous les grandes entreprises étrangères.
Ils nous prendraient nos logements, nos emplois, feraient augmenter les prix et l’insécurité. Tels sont les discours de nos partis d’extrême droite. D’un autre côté, nous ne pouvons nous en passer. Ils occupent les postes que les Suisses ne veulent pas et dans les villes frontalières, leur départ serait une catastrophe économique.
Notre politique migratoire actuelle se veut dès lors chaque jour plus sélective. Nous voulons trier le bon grain de l’ivraie. Un tel parti-pris est par nature fortement discriminatoire, avec les conséquences que l’on connaît sur notre cohésion sociale.
Je ne nie pas que des problèmes existent, loin de là. En revanche, je les attribue à notre manque d’imagination et d’audace, plus qu’aux étrangers eux-mêmes. Il ne tient qu’à nous de créer les logements qui nous manquent, de stimuler la création d’entreprises de manière à créer des places de travail nécessaires.
D’ailleurs, le simple fait de stimuler massivement la création de logements créerait un fort besoin de main d’œuvre non-qualifiée, permettant ainsi d’intégrer de nombreux étrangers à notre tissu économique et social, plutôt que de leur interdire l’accès au marché du travail en attendant leur refoulement, les contraignant quasiment à la criminalité pour « rentabiliser » les sacrifices énormes qu’ils ont consentis pour venir chez nous.
Et quitte à créer des logements, soyons pragmatiques et ambitieux : créons-les en hauteur. Il est inexplicable qu’avec un si petit territoire, nous n’ayons encore adapté notre cadre juridique (complexe et archaïque en la matière) à la construction en hauteur.
Je m’indigne qu’en période de crise du logement, nous persistions à bâtir des immeubles de 5-6 étages alors qu’il en faudrait 50 ou 60 !
On dira que de tels édifices défigureraient nos villes, qu’ils se heurteraient à d’infinis recours des voisins, des communes ou encore d’une association de défense des locataires dont je tairai le nom, mais dont il a été récemment jugé qu’elle n’avait pas à se mêler de tels projets.
Ces blocages sont affaire de lois et les lois peuvent être modifiées et le cas échéant abrogées. Avec un peu de volonté politique, nous pourrions ainsi créer un cadre institutionnel permettant enfin de nous doter des édifices que notre maigre superficie nous impose. Quelques intérêts particuliers, respectivement dogmatiques (suivez mon regard vers l’ASLOCA, oups, j’ai cité) ne sauraient s’opposer à notre intérêt prépondérant de pouvoir tous nous loger convenablement dans un marché immobilier redevenu concurrentiel.
Quant aux aspects esthétiques, il suffit de regarder ce qui se fait aux Etats-Unis, mais également à Dubai, au Qatar ou en Asie du sud-est pour se convaincre qu’il est possible de faire grand et beau.
Dernier argument, massue celui-ci, l’écologie. Bien des études démontrent que la construction en hauteur demeure la meilleure solution pour préserver l’environnement et, cerise sur le gratte-ciel, éviter le déclassement de terrains agricoles.
***
Que faut-il encore pour nous convaincre massivement qu’il est temps de bâtir ? Surmonter les obstacles économiques ? Allons-y !
Les finances helvétiques sont incroyablement saines, dans l’absolu comme en comparaison mondiale. La Confédération, les cantons et les communes peuvent emprunter à des taux remarquablement bas. Nous craignons l’endettement ? Cette crainte est absurde dans notre pays. Les économistes en conviennent.
De tels projets sont en effet autant d’investissements pour notre pays, lesquels entraineraient, si nous prenons la peine d’y croire et de les concevoir correctement, de généreux retours sur investissement.
D’un point de vue éthique, il me semble urgent d’investir dans notre avenir, ne serait-ce que pour convaincre les jeunes générations que nous nous préoccupons d’elles, que nous nous préoccupons de leur laisser un pays fort en perspectives. Il est trop facile de donner des leçons de vie à nous jeunes, sans leur fournir l’avenir qu’ils méritent.
J’insiste encore une fois sur notre formidable potentiel de compétences. Nos facultés de sciences économiques, politiques et sociales sont mondialement réputées. Elles produisent chaque année d’excellents professionnels qui ne demande qu’à participer à de tels projets, qu’à les concrétiser intelligemment et de manière pragmatique.
Craindre l’avenir et ses enjeux, favoriser l’immobilisme de peur de mal faire sont des postures dangereuses. Le monde avance vite pendant que nous le regardons depuis notre bulle alpine.
Plutôt que de déplorer l’attractivité de la Suisse pour les étrangers, faisons-en une force, tirons-en parti et permettons aux étranger d’en tirer parti également. On peut avoir le beurre, l’argent du beurre et la fille du crémier, mais encore faut-il le vouloir et l’assumer, pour enfin cesser de confondre ambition et démagogie.
L’avenir ne nous attendra pas pour advenir, alors de deux choses l’une : soit nous continuons à le subir et à nous en plaindre, soit nous le prenons à bras le corps et prenons la décision de renouer avec notre statut d’exemple pour le monde.
Bises à tous !
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07.03.2012
Ne sommes-nous que les caricatures de nous-même ?
Lorsque j’observe la campagne présidentielle française, mais également les déboires du PLR à Genève ou encore les articles glorieux de la Weltwoche sur notre « welschitude » (pour ne citer que quelques exemples d’actualité), je réalise à quel point nous vivons une époque caricaturale.
Les idées, mais également les peuples, les classes sociales et jusqu’à chaque citoyen sont réduits au rang de caricatures. Je réalise également que cette tendance est contagieuse, si bien que je me suis également enfermé à mon insu dans une image caricaturale de moi-même : celle du bobo privilégié et hypersensible qui se complait, pour surmonter sa culpabilité, dans la critique passive d’un ordre établi qui ne lui convient pas.
Chaque tendance politique, mais également chaque profession ou groupe d’intérêts recourt à la caricature pour définir son adversaire (quel qu'il soit) et s’enferme de la sorte à son tour dans la caricature.
L’on peut dresser une carte des caricatures, ce que je me suis amusé à faire d’un bout à l’autre de l’échiquier social en fonction du niveau d’aisance financière, du démuni au très riche en passant par les « working poors » et la classe moyenne. Bien d'autres catégories peuvent être dressées, mais j'ai préféré m'en tenir, pour l'exemple, à un déterminant économique, dès lors qu'en ce bas monde, notre seule valeur de référence est devenue l'argent que l'on gagne.
Le démuni vu par les autres
Le démuni est un parasite paresseux, dénué de la moindre volonté. Il a abdiqué toute forme d’amour-propre pour vivre à nos crochets, se complaire dans son dénuement, voire même en faire une fierté.
Dans le meilleur des cas, il est Suisse et bénéficie vulgairement de l’aide sociale pour payer ses frais de psychiatre, son loyer et son assurance maladie. Bien souvent, il a l’outrecuidance d’être fumeur, voire même pour les plus insolents d’entre eux, alcoolique. Ainsi, il dépense l’argent du contribuable pour assouvir ses vices au lieu de se mettre au travail, de faire du sport et de payer des impôts, comme tout le monde.
Dans le pire des cas, il est étranger, réside illégalement chez nous et n’a de cesse de nous empoisonner la vie en important sa misère dans notre magnifique pays qui n’avait rien demandé. Ainsi, plutôt que de rester tranquillement chez lui, il vend de la drogue à d’innocents toxicomanes autochtones dont il cause ce-faisant la perte. Non content de détruire notre tissu social, il se pose en victime de nos lois migratoires et se plaint de ne pas recevoir assez d’argent.
Et lorsqu’il n’est pas satisfait, il décide de nous infliger sa vengeance en agressant nos vieux, en violant nos femmes et nos filles, voire même en créant des cellules aussi terroristes que prosélytes qui détruisent ouvertement nos richesses culturelles ancestrales.
Le « woorking poor » vu par les autres
Le « working poor » est un vulgaire pion, corvéable à volonté et qui n’a d’autre utilité que d’engraisser son déjà richissime patron. Il est ouvrier, serveur ou nettoyeur. Il souffre en silence et se laisse lâchement exploiter sans piper mot. Il est une sorte de robot sans âme qui enfantera d’autres robots sans âme en les enfermant dans la certitude que la vie est souffrance.
Ce faisant, il néglige toute forme d’affection envers ses proches, qu’il ne prend plus la peine d’écouter tant il est occupé à les nourrir. Il s’estime donc exonéré de toute réflexion, tant il est vrai qu’une introspection aussi modeste soit-elle ne saurait que l’accabler davantage par la conscience de son insignifiance.
Le « working poor » s’en remet donc à son Dieu pour donner un sens à sa vie, dont il accepte bêtement qu’il lui soit inaccessible de son vivant. Aussi, le « working poor » ne comprend pas ceux qui se révoltent contre la vacuité de l’existence, dès lors que son Dieu suffit à remplir la sienne, bien qu'il ne sache pas comment.
Il s’offusque de voir les artistes, les jeunes ou les chômeurs se complaire dans l’oisiveté et parfois, refile une bonne torgnole à son rejeton lorsqu’il fredonne quelques strophes de rap infecte au lieu de faire ses devoirs. Il espère autant qu'il redoute que ce dernier puisse bénéficier d'une existence meilleure que la sienne. Si tel est le cas, il le taxera de prétentieux et sinon, de fénéant.
Enfin, il vote soit pour l’extrême droite (« working poor » des champs), soit pour l’extrême gauche (« working poor » des villes) en espérant que ses candidats feront un jour le nécessaire pour l’ériger en modèle de bon citoyen, aimé et reconnu par tous.
La classe moyenne vue par les autres
Les membres de la classe moyenne souffrent d’un grave problème d’identité. De CHF 60'000.- à CHF 500'000.- de revenu annuel, chacun se revendique de la classe moyenne de manière à pouvoir se plaindre du dessus comme du dessous.
Le membre de la classe moyenne est avant tout un médiocre parvenu. Il travaille honnêtement, paie ses impôts, fait du jogging chaque matin et nourrit ses deux enfants en leur versant de trop généreuses pensions alimentaires. Le membre de la classe moyenne aspire constamment à devenir riche tout en redoutant sans cesse la pauvreté. Quelle que soit sa situation, il s’estime constamment être un citoyen normal, auquel il ne faut rien reprocher, tant il est normal.
Le membre de la classe moyenne ne comprend pas que l’on puisse se plaindre, de sorte qu’il se plaint de ceux qui se plaignent. Sa capacité d’écoute est inversement proportionnelle au temps et à l’énergie qu’il consacre à se maintenir laborieusement dans sa sacrosainte normalité.
Toute forme de changement lui apparaît comme une menace envers les acquis qu’il s’est forgé à la sueur de son front, de sorte qu’il se complait dans le conservatisme rassurant. Aussi, le vote de la classe moyenne dépend de ses revenus.
Entre CHF 60'000.- et CHF 80'000.- de revenu annuel, il appartient à la classe moyenne inférieure, est probablement fonctionnaire ou employé de banque et vote pour le PS. Il estime qu’il travaille trop et souhaite que ses candidats lui permettent de travailler moins pour gagner la même chose.
Entre CHF 81'000.- et CHF 120'000.- de revenu annuel, il a appartient à la classe moyenne… moyenne. Il est « cadre » dans une assurance ou fonctionnaire privilégié et vote PDC pour que – surtout – rien ne change.
Entre CHF 121'000.- et et CHF 500'000.- de revenu annuel, il appartient à la classe moyenne supérieure, mais n’aime pas être qualifié ainsi puisqu’il n’est pas encore assez supérieur à son goût. Il vote PLR en estimant que s’il y est parvenu, tout le monde peut y parvenir.
Le très riche vu par les autres
Le riche l’est devenu de deux manières : soit par la naissance (partant sans rien glander), soit en exploitant les plus faibles jusqu’à ce que mort s’ensuive.
Les riches ont le sentiment d’être indispensables. Ils font tourner l’économie, donnent du travail aux autres, lesquels leurs doivent la reconnaissance éternelle. Le riche n’aspire qu’à le rester en le devenant chaque jour davantage. Aussi, il économise sur les impôts pour acheter sa villa à Ibiza ou sa Bentley Continental GT. Le riche s’imagine qu’en marchandant au souk du Caire, il exprime son talent inné pour les affaires, fait la preuve qu’il « n’est pas riche pour rien ».
Le riche ne considère les autres que par ce qu’ils peuvent lui apporter : ils n’existent pas autrement, ou alors uniquement à la télé. Le riche considère néanmoins que les autres lui doivent respect et admiration : après tout, il paye, lui.
Le riche héritier considère qu’il n’a rien fait de mal pour devenir riche, quand bien même sa fortune lui a été léguée par son grand-père nazi. Après tout, il n’a pas à culpabiliser pour les erreurs de ses aïeux.
Le riche « self made man » a trimé dur pour en arriver là. Il a consacré sa vie, à raison de 14 heures quotidiennes, à déterminer la meilleure manière d’exploiter les autres et d’en obtenir la reconnaissance qui aurait dû être la sienne ab initio.
Le riche vote donc soit UDC (sans oser le dire), soit PLR (en regrettant amèrement que le R soit venu polluer le L). Il espère que ses candidats feront en sorte d’éviter que les autres ne viennent le distraire dans la jouissance masturbatoire de son patrimoine inaliénable. Il est même prêt à payer très cher pour les y aider.
***
Je pourrais m’attarder sur ceux qui sont dans l’une de ces catégories, mais s’imaginent dans une autre. Je pourrais m’attarder sur les bien-pensants empathiques (dont je me revendique caricaturalement) qui évitent les travers sus-énumérés pour mieux se préoccuper (le pensent-ils) des moins chanceux que lui.
Je pourrais caricaturer les vieux, les jeunes, les étudiants, les fils à papa, les femmes, les hommes, les paysans, les banquiers, les ouvriers, les écolos, les intellectuels, les politiciens, les protestataires, les italiens, les ougandais ou - que sais-je encore – les avocats. Ce serait tellement jouissif, tellement facile !
Mais serait-ce productif ? Ferais-je avancer le schmilblick ?
La caricature peut être utile ; elle permet d’appréhender plus simplement la réalité. Elle est même nécessaire lorsqu’elle permet d’introduire une note d’humour dans un quotidien qui peine à s’en pourvoir. Telles sont les finalités de l’art de la caricature.
Lorsqu’elle devient un mode de vie, un cheval de bataille électoraliste ou un substitut à l’information, la caricature est potentiellement dangereuse. Le débat politique, en particulier, ne saurait consister en caricatures successives sous peine de se voir vider de sa substance : la défense du bien commun.
Bises à tous !
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07.02.2012
Antidote à l'indignation générale: la reconnaissance.
Ce commentaire, développé par la suite, a été posté sur le blog de Grégoire, à la suite d'une longue liste de commentaries, à l'image de nombre d'autres blogs et de leurs commentaires:
http://gregoiresapereaude.blog.tdg.ch/archive/2012/02/07/les-indigne-e-s-en-deuil-maudet-jubile-a-chaud-mais-tombe-so.html
Cause de la mort: l'inexistence
Ce qui s'est produit au campement des indignés est avant tout l'aboutissement d'une tragédie personnelle. A mon point de vue, ce qui a causé la mort de ce jeune homme (à peine plus âgé que moi), au-delà de l'hypothermie et de la consommation excessive de stupéfiants, c'est le manque de reconnaissance.
Un manque de reconnaissance qui nous accable tous à un moment ou un autre de la vie, à des degré divers. Lorsque cette carence se fait trop forte, que les enjeux de notre existence ne sont - littéralement - plus reconnus, celle-ci perd toute valeur. On est vivant, mais on n'existe plus.
Le manque de reconnaissance est dès lors susceptible de pousser un individu vers la violence dirigée - c'est selon - contre soi-même ou contre autrui. La "victime" de ce manque de reconnaissance conçoit son attitude, quelle qu'elle soit, comme un moyen d'exister, le cas échéant dans la mort. Ce jeune homme: personne n'en parlait avant qu'il ne meurt, seul, sous une tente. Aujourd'hui, il existe, sans doute malgré lui, dans les réactions que suscitent son décès.
Je ne vous reconnais pas... et ce faisant, je vous tue un peu
Le manque de reconnaissance, j'en suis convaincu, est ainsi à l'origine de bien des drames, qu'ils soient personnels ou collectifs.
Il s'exprime de bien des manières, ce manque de reconnaissance, parfois triviales et parfois plus graves.
On trouve toujours de bonne raisons de ne pas témoigner à autrui la reconnaissance à laquelle il a droit: il est de gauche, de droite, trop jeune, trop vieux, trop laid, trop pauvre, trop riche, trop "intello", trop "prolo", trop prétentieux, trop timide, trop gentil, trop méchant, trop nationaliste, trop mondialiste... et je pourrais allonger cette liste à l'envie.
Cet article et les commentaires qui le suivent sont la démonstration de cette tendance aussi généralisée que létale. Ils présentent en effet de jolis moments de bravoure et dépeignent - chacun selon un point de vue différent - les différentes facettes d'une seule réalité: la mort d'un jeune homme seul, sous une tente, au parc des Bastions.
Et chaque protagoniste du débat apporte une partie de l'explication de ce tragique évènement: qui le manque de volonté politique, qui l'attitude parfois méprisante des milieux bourgeois, qui l'irresponsabilité et le manque de cohérence de certains protestataires, qui la prise en charge psychologique peut-être inadéquate de la victime, qui le manque de moyens, qui les banques... pour n'en citer que quelques propositions enflammées, voire bélliqueuses.
Si personne n'a tout à fait raison, c'est peut-être que personne n'a tout à fait tort
Tout y est ! La vérité se trouve dans la rencontre de vos analyses ! A l'évidence, pareille tragédie ne peut avoir qu'un complexe de causes diverses.
Mais seulement voilà: personne ne veut reconnaître qu'à sa petite échelle, il porte en lui la responsabilité, fut-elle infime, de ce drame.
Maudet (dont j'admire par ailleurs le courage politique) n'admettra jamais que sa conception du "bon citoyen" (dont il est à l'image) n'est pas à la portée des plus faibles et peut donner à ces dernier le sentiment de ne pas être reconnus.
Les protestataires (dont j'admire par ailleurs la détermination) n'admettront jamais qu'ils n'ont pas su prévenir ce drame, le cas échéant en faisant en sorte que l'un de leurs membres demeure chaque soir de permanence au camp pour s'assurer qu'un démuni tel que la victime ne puisse y périr seul.
Le personnel médical (dont j'admire par ailleurs l'engagement quotidien) ayant pris en charge la victime à Belle-Idée n'admettra jamais qu'il aurait peut-être pu trouver le moyen de convaincre cette dernière d'y demeurer plus longtemps, qu'une autre issue que la mort était possible.
La Police (dont j'admire les éléments ont encore la force de mettre du coeur à l'ouvrage) n'admettre jamais qu'elle aurait du patrouiller plus régulièrement dans le camp pour y prévenir ce type de situation.
Les politiciens (dont j'admire l'énergie) n'admettront jamais qu'ils ont perdu le contact avec les plus démunis, les plus faibles, ceux qui ne leur font plus confiance.
Et moi, j'aurai du mal à admettre que, travaillant à deux pas du camps, j'aurais du m'y intéresser davantage au lieu de me répandre ici aujourd'hui.
Et vous ?
Au lieu de reconnaître ce partage de responsabilité, on cherche des coupables. Encore et encore. Et lorsqu'on n'est pas d'accord sur le coupable en question, on méprise celui qui le désigne, lequel méprise à son tour quelqu'un d'autre. Pour ne pas admettre notre petite part de responsabilité civique dans pareil drame, nous désignons celui qui devra en porter l'exclusive responsabilité pénale ou pire: morale. Et tout le monde désigne quelqu'un d'autre au motif que, lui, détiendrait seul la vérité en s'appuyant doctement sur tel auteur, telle statistique, tel sondage prétendument crédible.
Ne voyez-vous pas que nous sommes TOUS pris dans cette spirale ? Au lieu de construire des solutions, nous nous échinons à les déconstruire.
Relisez-vos commentaires ! Ils sont souvent brillants, emprunts d'une culture que je ne peux qu'envier, fourmillent d'informations intéressantes, reflètent de riches expériences de vie, complémentaires, précieuses.
Tout ça pourquoi ? Pour discréditer l'autre. Pour ne pas reconnaître qu'il est susceptible d'avoir raison, ne serait-ce que partiellement. Ne pas reconnaître qu'il faut être fou pour prétendre posséder une vérité qui appartient par essence à tout le monde.
Lorsque je lis ce sublime gâchis (qui se répète régulièrement, pour tout et rien, ici, sur facebook, dans les parlements, au sein des partis) je me demande si l'apologie de la reconnaissance ne mérite pas que je me laisse crever de froid.
Bises à vous tous !
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30.01.2012
Quand tout est trop compliqué, le mieux est d'en parler !
« Tout cela est bien compliqué » entend-on chaque jour davantage. Qu’est-ce qui n’est pas compliqué, aujourd’hui, d’ailleurs ?
L’hyperspécialisation engendrée par une réalité complexe
Nous vivons dans un monde d’ultra-spécialisation, dans lequel chaque domaine - de plus en plus pointu - est pourtant toujours plus étroitement imbriqué dans nombre d’autres, tout aussi spécialisés. La maîtrise des assurances sociales ne peut se passer de celle de la finance pour garantir leur solvabilité à moyen et long terme ; pour ne citer que l’exemple que m’inspirent les liens figurant ci-dessous.
Ce constat, appelons-le « l’interdépendance des spécialités », est valable dans tous les domaines. A titre d’exemple, citons encore la fiscalité qui s’imbrique dans tous les domaines de la vie économique, ou encore le droit, dont la fonction est - ni plus ni moins - de régir la quasi-intégralité des rapports humains dans une société donnée.
Ce constat est confirmé sur le marché du travail qui valorise à outrance l’hyperspécialisation au détriment de connaissances générales et variés. On pourrait y voir l’expression d’une volonté « occulte » tendant à cloisonner les connaissances, à les enfermer dans des mini-sphères de compétences indépendantes les unes des autres, aux fins d’obscurcir une hypothétique vision d’ensemble du monde. J’y vois davantage une contingence malheureuse découlant du développement de notre espèce.
Un phénomène humain inévitable… et mal maîtrisé
L’Humanité dans son ensemble est, en effet, mue par un besoin sans cesse renouvelé d’explorer la réalité, de concevoir des outils permettant d’en appréhender les aspects les plus pointus, tout en étant limité par sa capacité d’apprentissage, de compréhension individuelle. La réalité « connue » est aujourd’hui devenue si complexe qu’il est inconcevable pour une seule personne d’en maîtriser plus d’un aspect.
Je ne sais pas vous, mais pour ma part, je suis incapable de saisir les multiples subtilités des articles que j’ai absorbés ce matin ; et ce en dépit d’une (longue et relativement pointue) formation académique : trop d’expressions consacrées, trop de liens invisibles… Voila pourtant la gageure à laquelle nous souhaiterions, à tout le moins inconsciemment, astreindre nos dirigeants : tout savoir et tout résoudre.
Nous aimerions voir un ministre de l’économie se préoccuper des conséquences psychologiques sur la population des dérives de la finance et en tirer des solutions viables. Nous souhaiterions que l’impact d’une réforme de la fiscalité sur le pouvoir d’achat des classes moyennes nous soit expliqué de manière compréhensible ET scientifique. Nous attendons que nos dirigeants nous livrent d’une même voix leurs idées de réformes et nous expliquent pourquoi elles sont « bonnes » pour nous.
Or, en lieu et place de ces explications, nous devons nous contenter d’une cacophonie d’avis divergents, d’un chaos d’arguments « scientifiques » (mais non moins opposés), d’une mosaïque de statistiques plus ou moins orientées. Ces données sont parfois si complexes et utilisées de manière si contradictoire que même pour les plus avisés d’entre nous, il est devenu impossible d’en concevoir une finalité commune ou à tout le moins de comprendre à qui ils s’adressent, quels intérêts ils défendent.
Privés de boussole, nous attendons… la lumière
Notre incompréhension, bien compréhensible, se mue alors inévitablement en méfiance, voire en défiance à l’égard de ceux qui nous dirigent, englobés dans une brumeuse et anonyme « classe dirigeante ». En effet, notre bon sens n’est aujourd’hui plus guère suffisant pour appréhender les tenants et aboutissants de telle ou telle problématique, de telle ou telle solution.
Or, lorsque le bon sens ne suffit plus à appréhender les enjeux complexes de la réalité et faute d’explications adéquates, il cède la place à l’irrationalité, dont les expressions les plus dangereuses sont la peur, la colère, la haine.
Face à la difficulté de s’adresser au bon sens de la population s’agissant de problématiques complexes, la politique actuelle, à défaut de parvenir à exposer de manière simple une situation complexe, semble avoir baissé les armes, exposant toujours davantage les citoyens aux discours populistes de quelques franc-tireurs qui s’adressent directement à nos travers irrationnels pour nous convaincre d’en faire nos leaders.
Deux postures s’offrent à nous : attendre un messie providentiel qui parviendra à comprendre les enjeux de notre réalité, à nous les expliciter pour enfin nous livrer des solutions équilibrées et efficaces ou, plus réaliste, ou compter sur la capacité de nos dirigeants actuels de développer une vision commune sur la base d’expertises diverses, puis de nous convaincre de leur faire confiance.
Il faudra faire sans Messie et… c’est possible !
Nous avons la chance, en Suisse, d’être gouvernés par des collèges d’élus, ce qui devrait nous faciliter cette seconde posture. Force est de constater que deux indicateurs semblent démontrer que des ajustements sont aujourd’hui nécessaires : le taux d’abstention et la défiance croissante du Peuple à l’égard des recommandations de nos exécutifs.
On pourrait se poser la question de savoir si le moment n’est pas venu de priver le peuple de son droit de se prononcer sur des objets législatifs complexes, lesquels devraient peut-être être décidés seuls par des spécialistes, un peu à l’image de la gouvernance actuelle de l’Italie et de la Grèce par des technocrates.
Cette suggestion me semble toutefois dangereuse et peu ambitieuse. Dangereuse dès lors qu’elle opacifie le pouvoir et peu ambitieuse parce qu’elle favorise le maintien de la population dans la méconnaissance des enjeux qui la concernent, plutôt que de l'élever à un seul de compréhension suffisant.
L’adaptation de notre politique aux nouveaux enjeux de notre réalité passera à mon sens par deux biais. D’une part, il convient de former davantage le citoyen à l’exercice de ses droits populaires, d’accroître sa compréhension des problématiques institutionnelles qui l’enserrent. Il est bien entendu nécessaire que le citoyen fasse également l’effort de s’y intéresser, mais cet effort doit être encouragé par l’enseignement de certaines bases, aujourd’hui largement délaissées.
D’autre part, il est urgent que nos exécutifs communiquent davantage, de concert, sur leurs opinions et la manière dont elles se sont formées. Nous devons savoir sur quelle(s) expertise(s) se fondent les recommandations qu’ils nous adressent. Cette information doit se faire non seulement au moment des votations, dans les fameuses brochures que, malheureusement, trop peu de gens lisent, mais également au quotidien, dans les médias, sur le terrain.
Nos exécutifs devraient avoir davantage les moyens (et l’envie ?) de communiquer avec nous, de nous livrer les obstacles auxquels ils font face dans le processus d’élaboration des propositions qui nous sont soumises. Ils doivent nous prouver, jour après jour, qu’ils sont capables de tirer ensemble le meilleur parti de leurs compétences individuelles spécifiques au moyen d’un « soft skill » malheureusement peu valorisé : la capacité d’admettre qu’individuellement, ils ne peuvent pas avoir raison sur tout et qu'il vaut mieux s'en expliquer que de le nier pour ensuite espérer que le citoyen comprendra.
En échange de cette modeste information, le peuple leur donnera peut-être les moyens de mieux gouverner.
Alors chers leaders, montrez-vous (littéralement) plus réalistes quant à vos limites individuelles et partisannes, mais également plus ambitieux dans votre volonté de les dépasser ensemble.
Je sais : c’est compliqué d’admettre que dans un monde complexe, seul, on n’est rien, même en dépit de nos immenses compétences spécifiques.
Bises à tous !
Inspirations :
http://letemps.ch/Page/Uuid/ba6a1a08-4ab3-11e1-a37f-11c07... – « Un corset pour les assurances sociales »
http://letemps.ch/Page/Uuid/f61bd894-4ab2-11e1-a37f-11c07... – « Les réformes doivent s’accélérer »
http://letemps.ch/Page/Uuid/ef1dbe22-4ab2-11e1-a37f-11c07... – « Profiter de la finance comportementale dans les produits à levier »
http://letemps.ch/Page/Uuid/ee68a776-4ab2-11e1-a37f-11c07... - « Infographie Test de connaissance sur les produits structurés »
10:53 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
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27.01.2012
Vinyle, pureté et perfection
Deux "p" pour un titre bien ronflant ! Je vous en prie, ça me fait plaisir ! Non, sérieusement, je m'inquiète de l'amalgame aussi dangereux que croissant entre ces deux "p" pourtant bien différents.
Recherche constante de pureté technique
Tout a commencé dans ma voiture en écoutant un animateur de Couleur 3 déplorer la quasi-disparition du disque vinyle au profit du CD. Il s'emouvait au souvenir du crépitement chaleureux de l'aiguille parcourant les sillons, assimilant la disparition de cette impureté sonore à un apauvrissement de l'expérience auditive.
La recherche de la pureté est en effet devenue une véritable obsession dans tous les secteurs des nouvelles technologies. Pureté de l'image, du son, du signal, mais aussi du design ou de "l'expérience utilisateur" sont devenus des arguments de vente imparables. Du reste, cette recherche est probablement l'héritage d'une industrie bien plus ancienne: la joaillerie. Une pierre ou un métal précieux ne sont jamais aussi chers que lorsqu'ils sont purs. La comparaison entre joaillerie et technologie est d'autant plus pertinente qu'on parle souvent de "bijou" pour qualifier un nouveau gadget (de préférence griffé d'une pomme croquée).
La grande confusion
Tant et si bien que, par un mimétisme que je ne m'explique pas, la recherche de la pureté s'est insinuée dans tous les domaines de la vie, jusqu'à se confondre avec cette bonne vieille quête (toujours illusoire) de la perfection, soit etymologiquement de la qualité de ce qui est fait jusqu'au bout, totalement (per fecta).
Or, je ne sais pas vous, mais en ce qui me concerne, je ne parviens pas à trouver un seul objet, une seule action dont on puisse affirmer sans le moindre contre-exemple qu'il est fait jusqu'au bout, totalement. A l'exception peut-être du simple fait de vivre... jusqu'à la mort (et ce d'où qu'elle vienne).
Par un abus de langage tout marketing, on dit néanmoins d'une image, d'un son ou d'un design qu'ils sont parfaits... jusqu'à ce que la technologie permette d'obtenir des images, un son ou un design encore meilleurs, lesquels deviennent à leur tour "parfaits", alors qu'en réalité, ils ne sont que plus purs que les précédents.
Il ne s'agit pas seulement d'une nuance anecdotique entre deux termes proches, mais en réalité d'un gouffre sémantique abusivement comblé à des fins commerciales et justifié par le besoin de fixer un prix - toujours plus élevé - aux biens qui se prévalent de davantage de pureté aux fins de se draper d'une éphémère et commerciale perfection.
Ma perfection est plus pure que la tienne qui doit disparaître !
Tout irait pour le mieux si cet abus de langage demeurait cantonné aux objets inertes, échangeables, sans déteindre sur l'humain.
Tel n'est malheureusement pas le cas, et nous sommes nombreux a fantasmer des lois, des institutions, des modes de vie, des sociétés plus pures, à la lumière d'une certaine idée de perfection, laquelle est abusivement érigée au rang d'objectif (dans tous les sens du terme). Cette quête nous semble justifiée par notre admirable (!) propention à défendre nos valeurs, le cas échéant au détrment de valeurs différentes.
On me dit que c'est le propre de la politique de procéder ainsi, qu'il s'agit d'une force admirable, que cette démarche procède d'une respectable volonté. Je ne suis pas d'accord.
Du danger de défendre la pureté en politique, sous couvert d'une certaine idée de perfection
Sur un plan politique, cela se traduit en effet (trop) souvent ainsi:
La gauche anticapitaliste voit ainsi dans l'égalitarisme cet objectif parfait (ces deux mots assemblés relevant au mieux de l'oxymore). Pour la droite libérale, il s'agit de la liberté ou encore de la responsabilité individuelle. Pour les partis nationalistes, c'est la Patrie qui joue le rôle d'objectif parfait. Pour les écologistes, c'est la Nature. Pour les conservateur, ce sont les valeurs traditionnelles.
Or, la conséquence insidieuse de cette recherche aveugle d'objectifs parfaits, distincts les uns des autres, est la volonté farouche et souvent dogmatique de leurs promoteurs d'épurer la société de tout ce qui ne leur correspond pas. Ainsi, pour la gauche anticapitaliste, il faut débarrasser la société des capitalistes. Pour la droite libérale, il faut supprimer toutes les entraves à la liberté économique. Pour les nationalistes, il faut chasser tout ce qui est étranger à la Patrie. Pour les écologistes, il faut faire fi de ce qui est artificiel. Pour les conservateurs, la nouvauté est source de perpétuelle méfiance.
La recherche de pureté en politique équivaut ainsi souvent à la traque - parfois violente - de l'impureté au motif de tendre vers une conception toute personnelle de la perfection. A l'inverse, lorsque les institutions parviennent à prévenir la violence, cette traque désormais intellectuelle, conduit à la neutralisation mutuelle des idées, au détriment de la recherche de solutions innovantes.
Et voila comment l'assimilation inconsciente de la perfection à la pureté devient, en matière politique, un risque de totalitarisme dans les Etats les moins privilégiés et d'immobilisme dans notre belle et prospère Suisse.
Politiciens et citoyens se prennent trop souvent pour des joaillers (ou pour des publicitaires d'Apple) au mépris de deux caractéristiques fondamentales de la nature humaine: l'imperfection et l'impureté.
Et à vouloir parfaire et épurer l'humain, on court le risque de le tuer. En effet, on l'a vu, la vie n'est per fecta qu'à son terme...
A défaut de prétendre à la perfection, protégons l'imprefection, assimilons l'impureté !
En conclusion de cette pompeuse tirade, j'invoquerai deux exemples bien connus et au demeurant assez bien assortis: les huitres et le champagne. Ce n'est qu'en assimilant une impureté que l'huitre produit la perle. Le champagne ne se met à pétiller qu'au contact des impuretés qui recouvrent les parois interieures du verre dans lequel il est servi.
Ce n'est pas pour autant que la perle ou le champagne seront parfaits. Ils susciteront néanmoins toujours plus de plaisir à l'issue du processus d'assimilation de l'impureté que s'ils en avaient été préservés. Baudelaire résume ce constat en trois mots: les fleurs du mal.
Cette indigeste dissertation me conduit à nous enjoindre - politiciens comme simples citoyens - à privilégier désormais de toutes nos forces la rencontre des idées à leur opposition pour, peut-être, éviter le sacrifice de notre humanité sur l'autel d'une illusoire pure perfection.
Acceptons sans culpabilité ni complaisance notre impureté, notre imperfection (et celles des autres) comme les attributs nécessaires de nos humanités. Faisons de leur rencontre une source d'enrichissement, plutôt que de tenter de les erradiquer aveuglément.
Faisons vite le deuil de la perfection et de la pureté que nous font miroiter des discours marketing bien rôdés: ce deuil vaut mieux que celui de nos humanités. Profitons de notre situation encore privilégiée en Suisse pour mettre nos ressources au service du dialogue constructif plutôt que de la lutte paralysante ! Et pour ceux qui en possèdent encore: sortez vos vieux vinyles et jouissez de leurs crépitements anarchiques avant qu'ils ne disparaissent !
Bises à tous !
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24.01.2012
Une deuxième question
On débat âprement du droit de vote des étrangers à l'échelon communal.
A défaut de vous faire part de mon avis (je suis pour pour pour ! Oups. ), je tenterai de reformuler les termes de la question.
La différene entre un étranger résidant et payant ses impôts en Suisse et un Suisse de souche réside dans l'enracinement (au sens large) du second à notre territoire, contrairement au premier qui est enraciné ailleurs. Or, je m'avance assez peu en affirmant que naître sur notre territoire relève d'un immense privilège à l'échelle du globe. Nous, Suisses de naissance, fils de suisses, avons - en principe - gagné le gros lot sans rien faire pour le mériter.
Les étrangers, eux, ne prennent pas de majuscule, ont souvent du payer très cher pour venir (et pas qu'en argent), ont du franchir mille obstacles pour rester, résister aux tentations, aux vexations, aux préjugés pour finalement s'intégrer à notre tissus socio-économique. Et lorsqu'ils résident chez nous depuis plusieurs années, voire plusieurs décennies, lorsqu'ils y travaillent honnêtement, y payent des impôts, il devient difficile de leur dénier un certain mérite.
Bien entendu, des exceptions existent dans chaque catégorie.
La question de fond est donc selon moi la suivante:
Le privilège du sol justifie-t-il per se les privilèges de voter, d'élir et d'être élu ?
Bises à tous !
Inspirations:
http://hehrsam.blog.tdg.ch/archive/2012/01/24/la-constituante-et-le-vote-des-etrangers.html
http://resistanceetouverture.blog.tdg.ch/archive/2012/01/24/une-petite-avancee-en-matiere-des-droits-politiques.html
20:18 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
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