25.04.2012

Meck Serono: quelques observations...

 

Le cadre général

Visiblement, nous n'avons pas d'autre choix que de maintenir, voire d'améliorer la compétitivité de notre Canton (voire de notre pays) pour contre-balancer les effets du franc fort. Aussi pénible et injuste soit-elle, il serait irresponsable de faire fi de la réalité économique mondiale, dont notre petite Suisse et ses habitants sont fortement tributaires.

Dans le domaine pharmaceutique en particulier, on ne peut ignorer la quantité de temps (10 ans environ) et d'argent (près d'un milliard) nécessaires pour développer de nouvelles molécules efficaces et rentables. Ces contingences incitent les grandes pharmas à séduire les investisseurs, soit les actionnaires (lesquels sont aussi des fonds de pensions, et pas seulement de vils spéculateurs), en leur offrant des dividendes intéressants. Telle est la réalité d'une entreprise, pharmaceutique en particulier. On peut en penser ce qu'on veut, mais on ne peut pas en faire abstraction à des fins purement idéologiques.

Si l'on veut conserver sur notre territoire les grandes entreprises de biotechnologie et les emplois qu'elles génèrent, nous ne pouvons dès lors faire l'économie d'un cadre fiscal et institutionnel favorable, voire particulièrement favorable, compte tenu de la concurrence mondiale. Par conséquent, pas question, à mon sens, d'imposer davantage les entreprises.

A cet égard, j'ai l'impression que le PS loupe le coche, lorsqu'il préconise aveuglément l'augmentation de l'imposition des sociétés.

Ce qui précède ne doit en revanche pas conduire à l'immobilisme politique fréquemment et complaisamment préconisé par le PLR et le PDC, bien au contraire. Si l'initiative du PLR tendant à lutter contre la bureaucratie inutile va probablement dans le bon sens (celui de l'attractivité et de l'efficience administrative), ce parti ne saurait se réfugier derrière cette seule proposition pour s'exonérer de toute autre réflexion.


Les conséquences immédiates et l'attitude à adopter dans une perspective d'avenir

Plusieurs centaines d'employés se trouvent aujourd'hui sur le carreau à la suite d'une décision prise par une société étrangère au sujet d'une filiale rentable et profitable (quoiqu'en régression et aux perspectives incertaines, j'y reviendrai).

On a beaucoup entendu que peu de « passerelles » (je parlerais plutôt de « leviers ») permettent à l'Etat d'imposer des plans sociaux aux entreprises, bénéficiaires de surcroît, qui décident de se re-localiser hors de Suisse en licenciant son personnel en masse.

Néanmoins et pour autant que le cadre institutionnel et fiscal demeure attractif (ce qui implique visiblement encore quelques progrès en termes de pragmatisme, v. ci-dessus), il ne serait peut-être pas inutile de réfléchir à des modifications législatives permettant de pallier à cette absence de levier.

Or, il s'agit là d'une problématique difficile, dès lors que toute mesure ressemblant de près ou de loin à de l'interventionnisme, voire à du protectionnisme, est susceptible d'avoir des conséquences difficilement maîtrisables en termes d'attractivité et donc, d'emploi.

Je me garderai par conséquent d'esquisser ici les contours d'une solution globale, dont l'élaboration nécessite une concertation et des compétences auxquelles ne n'ai pas la prétention de pouvoir me substituer. L'affaire Merck Serono doit toutefois nous inciter à réfléchir sur la question, sans complaisance, aux fins d'élaborer des gardes-fou adaptés.

Ce qui précède devrait inciter nos dirigeants à organiser une concertation d'urgence et à laisser de côté leurs divergences idéologiques. Force est malheureusement de constater que tel ne semble pas encore être leur intention.

 

Les solutions concrètes pour aujourd'hui

De manière plus immédiate, Laurent Seydoux suggérait à juste titre sur le plateau de Pascal Décaillet que les actifs (humains et matériels) de Merck Serono pourraient désormais être valorisés au sein d'incubateurs, d'entreprises bio-tech de taille plus modeste. Il souligne à cet égard que la majorité des nouvelles molécules voient le jour dans ces incubateurs, lesquels sont donc l'avenir de l'industrie pharmaceutique.

Il serait toutefois naïf de penser qu'une telle réaffectation puisse avoir lieu du jour au lendemain.

Le Conseil d'Etat doit ainsi mettre toute son énergie dans la perspective de favoriser le reclassement des ex-employés de Merck Serono au sein de telles structures, respectivement d'en encourager la création par un dialogue constructifs avec les parties-prenantes du secteur privé, lesquelles sont susceptibles de faire bon usage des infrastructures désormais désertées par Merck Serono.

 

Une reflexion personnelle

En 2006, Ernesto Bertarelli a vendu Serono à Merkt, réalisant ainsi un profit de 16 milliards de francs. Mais qu'a-t-il réellement vendu ?

Serono était une entreprise pharmaceutique certes rentable, mais ne disposant pas dans ses actifs de solutions viables pour assurer la relève de sa molécule phare, le « Rebif », respectivement pour diversifier ses sources de profit. S'il est toujours plus facile d'être intelligent a posteriori, l'on ne pouvait pas ignorer que cette absence de perspective était susceptible d'avoir des conséquences à moyen-terme, soit celles que l'on connaît aujourd'hui.

Pierre-François Unger déclarait en effet à Pascal Décaillet que cette problématique et ses conséquences potentielles étaient connues depuis longtemps de nos autorités politiques. Je laisse aux autres le soin de jeter les pierres qui leurs chantent.

Je m'interroge toutefois sur la possibilité, lorsqu'une entreprise suisse d'une certaine taille, rentable et bénéficiaire de surcroît, est revendue par un actionnaire majoritaire à une société étrangère, de prévoir la création d'un fonds constitué par un pourcentage du prix perçu par le vendeur, libérable à une certaine échéance et selon certaines conditions (pérennité assurée de l'entreprise vendue, vérifiable à l'échéance par un audit), dans la perspective d'amoindrir les conséquences d'une éventuelle fermeture.

Sur 16 milliards de profit, le prélèvement d'un milliard (soit nettement moins de 10% du produit de la vente) me semble ainsi à même de soulager les caisses de chômage confrontées à un afflux massif de demandeurs d'emploi.

Priver conditionnellement Monsieur Bertarelli de 10% de son confortable bénéfice sur la revente de sa société ne me semble pas être une atteinte disproportionnée à son intérêt privé, soit la protection de sa liberté économique, eu égard aux intérêts privés des employés licenciés et à l'intérêt public à ne pas payer, via les Caisses de chômage, pour les erreurs de gestion passées et présentes des grandes entreprises privées.

Je note en passant qu'à teneur de notre législation actuelle, les sociétés anonymes sont tenues d'affecter une partie de leurs bénéfices à des réserves obligatoires.Dans le cadre d'une revente, avec profits, d'une entreprise suisse à un repreneur étranger, la constitution d'un fonds, une sorte de plan social préventif, ne me semble dès lors pas incompatible avec l'esprit de nos lois actuelles.

Cette solution est d'autant plus pertinente que, comme on l'a vu, les carences dans la gestion de Merck Serono – et probablement de Serono avant elle – en matière de recherche et développement étaient parfaitement identifiables et leurs conséquences prévisibles, de sorte que la responsabilisation des acteurs économiques doit être davantage assurée.

Je ne suis pas aveugle, il est trop tard pour qu'une telle solution puisse répondre à la situation actuelle. Elle me semble toutefois digne de réflexion pour l'avenir. Ne dit-on pas que gouverner, c'est prévoir ?

 

Les réactions politiques observées à ce jour

Sans surprise, le PS s'attaque aveuglément aux multinationales et réclament davantage d'impôts. Sans surprise, le PLR reproche aveuglément au PS de prôner des solutions risquant d'affaiblir notre économie. Sans surprise, le MCG nous fait croire qu'il est possible d'imposer un plan social à Merck Serono, au mépris de la réalité des rapports entre public et privé. Sans surprise, le PDC se contente de ne pas trop se mouiller et pointe précisément du doigt la complexité desdits rapports, tout en réaffirmant son indignation face à l'attitude expéditive de Merck KgaA.

Une lueur d'espoir tout de même : Laurent Seydoux est le seul a avoir fait preuve d'une attitude constructive, courageuse et pragmatique et évoquant l'essor des incubateurs de petites bio-tech, susceptible d'intégrer les employés licenciés par Merck Serono et les efforts à entreprendre par le Conseil d'Etat afin de favoriser cette solution.

Alors bien sûr, il est le seul à n'avoir tapé sur personne. Il est le seul a ne pas s'être borné à chercher des coupables. Il est le seul à ne pas s'être arc-bouté sur des solutions toutes faites et impraticables. En d'autres termes, il est le seul à n'avoir pas fait d'électoralisme, mais à s'être préoccupé de trouver des solutions concrètes.

***

J'invite ceux qui me liront à réfléchir à ce qui précède lorsqu'ils éliront leur prochain Conseiller d'Etat. Et bien sur, si vous pensez que je suis à côté de la plaque, n'hésitez pas à m'expliquer pourquoi !

Bises à tous !

30.01.2012

Quand tout est trop compliqué, le mieux est d'en parler !

« Tout cela est bien compliqué » entend-on chaque jour davantage. Qu’est-ce qui n’est pas compliqué, aujourd’hui, d’ailleurs ?

 

L’hyperspécialisation engendrée par une réalité complexe

Nous vivons dans un monde d’ultra-spécialisation, dans lequel chaque domaine - de plus en plus pointu - est pourtant toujours plus étroitement imbriqué dans nombre d’autres, tout aussi spécialisés. La maîtrise des assurances sociales ne peut se passer de celle de la finance pour garantir leur solvabilité à moyen et long terme ; pour ne citer que l’exemple que m’inspirent les liens figurant ci-dessous.

Ce constat, appelons-le « l’interdépendance des spécialités », est valable dans tous les domaines. A titre d’exemple, citons encore la fiscalité qui s’imbrique dans tous les domaines de la vie économique, ou encore le droit, dont la fonction est - ni plus ni moins - de régir la quasi-intégralité des rapports humains dans une société donnée.

Ce constat est confirmé sur le marché du travail qui valorise à outrance l’hyperspécialisation au détriment de connaissances générales et variés. On pourrait y voir l’expression d’une volonté « occulte » tendant à cloisonner les connaissances, à les enfermer dans des mini-sphères de compétences indépendantes les unes des autres, aux fins d’obscurcir une hypothétique vision d’ensemble du monde. J’y vois davantage une contingence malheureuse découlant du développement de notre espèce.

 

Un phénomène humain inévitable… et mal maîtrisé

L’Humanité dans son ensemble est, en effet, mue par un besoin sans cesse renouvelé d’explorer la réalité, de concevoir des outils permettant d’en appréhender les aspects les plus pointus, tout en étant limité par sa capacité d’apprentissage, de compréhension individuelle. La réalité « connue » est aujourd’hui devenue si complexe qu’il est inconcevable pour une seule personne d’en maîtriser plus d’un aspect.

Je ne sais pas vous, mais pour ma part, je suis incapable de saisir les multiples subtilités des articles que j’ai absorbés ce matin ; et ce en dépit d’une (longue et relativement pointue) formation académique : trop d’expressions consacrées, trop de liens invisibles… Voila pourtant la gageure à laquelle nous souhaiterions, à tout le moins inconsciemment, astreindre nos dirigeants : tout savoir et tout résoudre.

Nous aimerions voir un ministre de l’économie se préoccuper des conséquences psychologiques sur la population des dérives de la finance et en tirer des solutions viables. Nous souhaiterions que l’impact d’une réforme de la fiscalité sur le pouvoir d’achat des classes moyennes nous soit expliqué de manière compréhensible ET scientifique. Nous attendons que nos dirigeants nous livrent d’une même voix leurs idées de réformes et nous expliquent pourquoi elles sont « bonnes » pour nous.

Or, en lieu et place de ces explications, nous devons nous contenter d’une cacophonie d’avis divergents, d’un chaos d’arguments « scientifiques » (mais non moins opposés), d’une mosaïque de statistiques plus ou moins orientées. Ces données sont parfois si complexes et utilisées de manière si contradictoire que même pour les plus avisés d’entre nous, il est devenu impossible d’en concevoir une finalité commune ou à tout le moins de comprendre à qui ils s’adressent, quels intérêts ils défendent.

 

Privés de boussole, nous attendons… la lumière

Notre incompréhension, bien compréhensible, se mue alors inévitablement en méfiance, voire en défiance à l’égard de ceux qui nous dirigent, englobés dans une brumeuse et anonyme « classe dirigeante ». En effet, notre bon sens n’est aujourd’hui plus guère suffisant pour appréhender les tenants et aboutissants de telle ou telle problématique, de telle ou telle solution.

Or, lorsque le bon sens ne suffit plus à appréhender les enjeux complexes de la réalité et faute d’explications adéquates, il cède la place à l’irrationalité, dont les expressions les plus dangereuses sont la peur, la colère, la haine.

Face à la difficulté de s’adresser au bon sens de la population s’agissant de problématiques complexes, la politique actuelle, à défaut de parvenir à exposer de manière simple une situation complexe, semble avoir baissé les armes, exposant toujours davantage les citoyens aux discours populistes de quelques franc-tireurs qui s’adressent directement à nos travers irrationnels pour nous convaincre d’en faire nos leaders.

Deux postures s’offrent à nous : attendre un messie providentiel qui parviendra à comprendre les enjeux de notre réalité, à nous les expliciter pour enfin nous livrer des solutions équilibrées et efficaces ou, plus réaliste, ou compter sur la capacité de nos dirigeants actuels de développer une vision commune sur la base d’expertises diverses, puis de nous convaincre de leur faire confiance.

 

Il faudra faire sans Messie et… c’est possible !

Nous avons la chance, en Suisse, d’être gouvernés par des collèges d’élus, ce qui devrait nous faciliter cette seconde posture. Force est de constater que deux indicateurs semblent démontrer que des ajustements sont aujourd’hui nécessaires : le taux d’abstention et la défiance croissante du Peuple à l’égard des recommandations de nos exécutifs.

On pourrait se poser la question de savoir si le moment n’est pas venu de priver le peuple de son droit de se prononcer sur des objets législatifs complexes, lesquels devraient peut-être être décidés seuls par des spécialistes, un peu à l’image de la gouvernance actuelle de l’Italie et de la Grèce par des technocrates.

Cette suggestion me semble toutefois dangereuse et peu ambitieuse. Dangereuse dès lors qu’elle opacifie le pouvoir et peu ambitieuse parce qu’elle favorise le maintien de la population dans la méconnaissance des enjeux qui la concernent, plutôt que de l'élever à un seul de compréhension suffisant.

L’adaptation de notre politique aux nouveaux enjeux de notre réalité passera à mon sens par deux biais. D’une part, il convient de former davantage le citoyen à l’exercice de ses droits populaires, d’accroître sa compréhension des problématiques institutionnelles qui l’enserrent. Il est bien entendu nécessaire que le citoyen fasse également l’effort de s’y intéresser, mais cet effort doit être encouragé par l’enseignement de certaines bases, aujourd’hui largement délaissées.

D’autre part, il est urgent que nos exécutifs communiquent davantage, de concert, sur leurs opinions et la manière dont elles se sont formées. Nous devons savoir sur quelle(s) expertise(s) se fondent les recommandations qu’ils nous adressent. Cette information doit se faire non seulement au moment des votations, dans les fameuses brochures que, malheureusement, trop peu de gens lisent, mais également au quotidien, dans les médias, sur le terrain.

Nos exécutifs devraient avoir davantage les moyens (et l’envie ?) de communiquer avec nous, de nous livrer les obstacles auxquels ils font face dans le processus d’élaboration des propositions qui nous sont soumises. Ils doivent nous prouver, jour après jour, qu’ils sont capables de tirer ensemble le meilleur parti de leurs compétences individuelles spécifiques au moyen d’un « soft skill » malheureusement peu valorisé : la capacité d’admettre qu’individuellement, ils ne peuvent pas avoir raison sur tout et qu'il vaut mieux s'en expliquer que de le nier pour ensuite espérer que le citoyen comprendra.

En échange de cette modeste information, le peuple leur donnera peut-être les moyens de mieux gouverner.

Alors chers leaders, montrez-vous (littéralement) plus réalistes quant à vos limites individuelles et partisannes, mais également plus ambitieux dans votre volonté de les dépasser ensemble.

Je sais : c’est compliqué d’admettre que dans un monde complexe, seul, on n’est rien, même en dépit de nos immenses compétences spécifiques.

Bises à tous !

 

Inspirations :

http://letemps.ch/Page/Uuid/ba6a1a08-4ab3-11e1-a37f-11c07... – « Un corset pour les assurances sociales »

http://letemps.ch/Page/Uuid/f61bd894-4ab2-11e1-a37f-11c07... – « Les réformes doivent s’accélérer »

http://letemps.ch/Page/Uuid/ef1dbe22-4ab2-11e1-a37f-11c07...« Profiter de la finance comportementale dans les produits à levier »

http://letemps.ch/Page/Uuid/ee68a776-4ab2-11e1-a37f-11c07... - « Infographie Test de connaissance sur les produits structurés »

 

24.01.2012

Une deuxième question

On débat âprement du droit de vote des étrangers à l'échelon communal.

A défaut de vous faire part de mon avis (je suis pour pour pour ! Oups. ), je tenterai de reformuler les termes de la question.

La différene entre un étranger résidant et payant ses impôts en Suisse et un Suisse de souche réside dans l'enracinement (au sens large) du second à notre territoire, contrairement au premier qui est enraciné ailleurs. Or, je m'avance assez peu en affirmant que naître sur notre territoire relève d'un immense privilège à l'échelle du globe. Nous, Suisses de naissance, fils de suisses, avons - en principe - gagné le gros lot sans rien faire pour le mériter.

Les étrangers, eux, ne prennent pas de majuscule, ont  souvent du payer très cher pour venir (et pas qu'en argent), ont du franchir mille obstacles pour rester, résister aux tentations, aux vexations, aux préjugés pour finalement s'intégrer à notre tissus socio-économique. Et lorsqu'ils résident chez nous depuis plusieurs années, voire plusieurs décennies, lorsqu'ils y travaillent honnêtement, y payent des impôts, il devient difficile de leur dénier un certain mérite.

Bien entendu, des exceptions existent dans chaque catégorie.

La question de fond est donc selon moi la suivante:

Le privilège du sol justifie-t-il per se les privilèges de voter, d'élir et d'être élu ?

Bises à tous !

 

Inspirations:

http://hehrsam.blog.tdg.ch/archive/2012/01/24/la-constituante-et-le-vote-des-etrangers.html

http://resistanceetouverture.blog.tdg.ch/archive/2012/01/24/une-petite-avancee-en-matiere-des-droits-politiques.html

 

09.01.2012

Les petits bravos du jour: Blocher

Mon premier bravo va pour le bouc nain. Qui l'eut cru ?!

En tirant à l'arme lourde sur la tête de la BNS, le vieux Chris diffère le relèvement du plancher CHF / EUR à 1.30. L'exportation en souffre, l'emploi en souffre et la situation offre un argument électoral en or pour... l'UDC: lutter contre les manipulations de cours par les plus hautes autorités financières du pays. Une autoroute que bien des partisans d'extrême gauche seraient tentés d'emprunter. Et tant qu'on y est, ils pourraient aussi vouloir emprunter celle de l'élection du CF par le peuple. Une grande avancée pour la démocratie...

Bref, après la prétendue gabegie de l'UDC aux dernières élections fédérales, les têtes pensantes de l'UDC Zürichoise mettent sur pied un plan à long terme, bien populiste à souhait, à l'insu de leurs collègues plus modérés. Et vu la difficulté des autres partis à se mobiliser pour parer les assauts du populisme dans le paysage politique, le peuple risque bien d'être convaincu par le stratagème blochérien... une fois de plus.

Projetons-nous dans... disons 3 ans. Vue la débandade de la zone euro, l'euro-scepticisme remporte un succès croissant en Suisse. En raison de l'inértie entretenue par les magnigances UDC dans le pouvoir décisionnel de la BNS, on conserve un franc fort, pénalisant les industries exportatrices, mais permettant à celles qui le souhaitent de délocaliser à vil prix à l'étranger.

Les milliardaires qui financent l'UDC sont aux anges: ils délocalisent, augmentent leurs dividendes, tout en tapant sur l'Europe pour expliquer aux masses qu'elle est responsable de tous leurs maux. On connaît la suite. Le peuple vote l'élection du CF par le peuple  (histoire de "renforcer" la démocratie), ce qu'il est parfaitement capable de faire lorsqu'on se retourne sur deux dernières votations fédérales qui ont... disons... défrayé la chronique et n'ont pas amélioré l'image de la Suisse dans le monde, du moins hors des cercles d'extrême droite. Et faut-il rappeler la force de frappe médiatique, publicitaire de l'UDC ?

Bref: 2015, 2 conseiller fédéraux UDC au pouvoir ad vitam aeternam, des très très riches encore nettement plus riches, un discours populiste bien rôdé pour convaincre les pauvres de continuer à se tirer des balles (à l'arme de service) dans le pied, une réputation en chute libre au delà de nos frontières... Voilà comment l'UDC pourrait réaliser sa quadrature du cercle en 3 ans.

Tout ça n'était heureusement qu'un cauchemarre... Mais un grand bravo au vieux Chris pour avoir réussi à me mettre une pétoche pareille !

Bises à tous,

K. Rappard.

Source d'inspiration:

http://letemps.ch/Page/Uuid/6db94476-3a33-11e1-a708-56fa3f0f2ead|0