11.03.2012

Ment songes... et vers ité !

L'honnêteté ne paie pas,

formatée, elle étouffe.

Le mensonge fait loi.

 

Le miton, l’esbroufe,

pour la forme, toujours,

toutes vérités bouffent.

 

Y compris en Amour,

le vrai toujours gris,

ni sexy, ni glamour,

 

sous pression rougit.

Formaté sans nuance,

il s'excuse et fuit.

 

Il sent le rance,

ne flatte pas, mais...

toujours devance..

 

celui qui le fuyait.

Celui-ci, dos au mur,

accablé, l'air niais,

 

s'offusque – c'est dur –

d'être enfin démasqué.

Apparences si pures...

 

soigneusement lustrées,

tellement conformes,

aux mensonges loués.

 

Esclave des normes,

l'humanité s'estompe...

et le réel déforme,

 

le pousse dans la tombe.

Et ainsi nous vivons,

insensibles aux bombes.

 

Sombres troufions,

larbins de nos angoisses,

les yeux nous baissons.

 

Nos vérités, ces poisses,

dans des cases, amputées,

à l'abri des crasses,

 

des regards protégées,

comme autant de hontes,

inconsciemment rangées.

 

En nous rassurant,

nous nous détruisons.

Mais pourtant...

 

Je me plais à rêver...

d'un monde débarrassé,

de nos oeillères, de nos biais !

 

Une vie de franchise,

sans défiance, sans méprise,

du mensonge sans emprise.

 

Ne plus craindre d'être soi,

redouter qu'il soit lui,

de l'humain faire un roi.

 

Que la vérité fasse loi !

27.01.2012

Vinyle, pureté et perfection

Deux "p" pour un titre bien ronflant ! Je vous en prie, ça me fait plaisir ! Non, sérieusement, je m'inquiète de l'amalgame aussi dangereux que croissant entre ces deux "p" pourtant bien différents.

 

Recherche constante de pureté technique

Tout a commencé dans ma voiture en écoutant un animateur de Couleur 3 déplorer la quasi-disparition du disque vinyle au profit du CD. Il s'emouvait au souvenir du crépitement chaleureux de l'aiguille parcourant les sillons, assimilant la disparition de cette impureté sonore à un apauvrissement de l'expérience auditive.

La recherche de la pureté est en effet devenue une véritable obsession dans tous les secteurs des nouvelles technologies. Pureté de l'image, du son, du signal, mais aussi du design ou de "l'expérience utilisateur" sont devenus des arguments de vente imparables. Du reste, cette recherche est probablement l'héritage d'une industrie bien plus ancienne: la joaillerie. Une pierre ou un métal précieux ne sont jamais aussi chers que lorsqu'ils sont purs. La comparaison entre joaillerie et technologie est d'autant plus pertinente qu'on parle souvent de "bijou" pour qualifier un nouveau gadget (de préférence griffé d'une pomme croquée).

 

La grande confusion

Tant et si bien que, par un mimétisme que je ne m'explique pas, la recherche de la pureté s'est insinuée dans tous les domaines de la vie, jusqu'à se confondre avec cette bonne vieille quête (toujours illusoire) de la perfection, soit etymologiquement de la qualité de ce qui est fait jusqu'au bout, totalement (per fecta).

Or, je ne sais pas vous, mais en ce qui me concerne, je ne parviens pas à trouver un seul objet, une seule action dont on puisse affirmer sans le moindre contre-exemple qu'il est fait jusqu'au bout, totalement. A l'exception peut-être du simple fait de vivre... jusqu'à la mort (et ce d'où qu'elle vienne).

Par un abus de langage tout marketing, on dit néanmoins d'une image, d'un son ou d'un design qu'ils sont parfaits... jusqu'à ce que la technologie permette d'obtenir des images, un son ou un design encore meilleurs, lesquels deviennent à leur tour "parfaits", alors qu'en réalité, ils ne sont que plus purs que les précédents.

Il ne s'agit pas seulement d'une nuance anecdotique entre deux termes proches, mais en réalité d'un gouffre sémantique abusivement comblé à des fins commerciales et justifié par le besoin de fixer un prix - toujours plus élevé - aux biens qui se prévalent de davantage de pureté aux fins de se draper d'une éphémère et commerciale perfection.

 

Ma perfection est plus pure que la tienne qui doit disparaître !

Tout irait pour le mieux si cet abus de langage demeurait cantonné aux objets inertes, échangeables, sans déteindre sur l'humain.

Tel n'est malheureusement pas le cas, et nous sommes nombreux a fantasmer des lois, des institutions, des modes de vie, des sociétés plus pures, à la lumière d'une certaine idée de perfection, laquelle est abusivement érigée au rang d'objectif (dans tous les sens du terme). Cette quête nous semble justifiée par notre admirable (!) propention à défendre nos valeurs, le cas échéant au détrment de valeurs différentes.

On me dit que c'est le propre de la politique de procéder ainsi, qu'il s'agit d'une force admirable, que cette démarche procède d'une respectable volonté. Je ne suis pas d'accord.


Du danger de défendre la pureté en politique, sous couvert d'une certaine idée de perfection

Sur un plan politique, cela se traduit en effet (trop) souvent ainsi:

La gauche anticapitaliste voit ainsi dans l'égalitarisme cet objectif parfait (ces deux mots assemblés relevant au mieux de l'oxymore). Pour la droite libérale, il s'agit de la liberté ou encore de la responsabilité individuelle. Pour les partis nationalistes, c'est la Patrie qui joue le rôle d'objectif parfait. Pour les écologistes, c'est la Nature. Pour les conservateur, ce sont les valeurs traditionnelles.

Or, la conséquence insidieuse de cette recherche aveugle d'objectifs parfaits, distincts les uns des autres, est la volonté farouche et souvent dogmatique de leurs promoteurs d'épurer la société de tout ce qui ne leur correspond pas. Ainsi, pour la gauche anticapitaliste, il faut débarrasser la société des capitalistes. Pour la droite libérale, il faut supprimer toutes les entraves à la liberté économique. Pour les nationalistes, il faut chasser tout ce qui est étranger à la Patrie. Pour les écologistes, il faut faire fi de ce qui est artificiel. Pour les conservateurs, la nouvauté est source de perpétuelle méfiance.

La recherche de pureté en politique équivaut ainsi souvent à la traque - parfois violente - de l'impureté au motif de tendre vers une conception  toute personnelle de la perfection. A l'inverse, lorsque les institutions parviennent à prévenir la violence, cette traque désormais intellectuelle, conduit à la neutralisation mutuelle des idées, au détriment de la recherche de solutions innovantes.

Et voila comment l'assimilation inconsciente de la perfection à la pureté devient, en matière politique, un risque de totalitarisme dans les Etats les moins privilégiés et d'immobilisme dans notre belle et prospère Suisse.

Politiciens et citoyens se prennent trop souvent pour des joaillers (ou pour des publicitaires d'Apple) au mépris de deux caractéristiques fondamentales de la nature humaine: l'imperfection et l'impureté.

Et à vouloir parfaire et épurer l'humain, on court le risque de le tuer. En effet, on l'a vu, la vie n'est per fecta qu'à son terme...


A défaut de prétendre à la perfection, protégons l'imprefection, assimilons l'impureté !

En conclusion de cette pompeuse tirade, j'invoquerai deux exemples bien connus et au demeurant assez bien assortis: les huitres et le champagne. Ce n'est qu'en assimilant une impureté que l'huitre produit la perle. Le champagne ne se met à pétiller qu'au contact des impuretés qui recouvrent les parois interieures du verre dans lequel il est servi.

Ce n'est pas pour autant que la perle ou le champagne seront parfaits. Ils susciteront néanmoins toujours plus de plaisir à l'issue du processus d'assimilation de l'impureté que s'ils en avaient été préservés. Baudelaire résume ce constat en trois mots: les fleurs du mal.

Cette indigeste dissertation me conduit à nous enjoindre - politiciens comme simples citoyens - à privilégier désormais de toutes nos forces la rencontre des idées à leur opposition pour, peut-être, éviter le sacrifice de notre humanité sur l'autel d'une illusoire pure perfection.

Acceptons sans culpabilité ni complaisance notre impureté, notre imperfection (et celles des autres) comme les attributs nécessaires de nos humanités. Faisons de leur rencontre une source d'enrichissement, plutôt que de tenter de les erradiquer aveuglément.

Faisons vite le deuil de la perfection et de la pureté que nous font miroiter des discours marketing bien rôdés: ce deuil vaut mieux que celui de nos humanités. Profitons de notre situation encore privilégiée en Suisse pour mettre nos ressources au service du dialogue constructif plutôt que de la lutte paralysante ! Et pour ceux qui en possèdent encore: sortez vos vieux vinyles et jouissez de leurs crépitements anarchiques avant qu'ils ne disparaissent !

Bises à tous !

 

 

24.01.2012

Prose d'un soir. Bonsoir !

 

Ah ces mélodies silencieuses...

que chantent nos espoirs...

que dansent nos nostalgies...

qu'écoutent nos démons...

un sourire aux lèvres.

 

Si seulement nous pouvions être – juste un peu – ce que nous aurions aimé être.

Plaider nos avenirs devant un juge débonnaire...

Entendre les étoiles nous dire que nous leur appartenons...

Et les croire !

 

Plutôt que de nous lester,

Plutôt que d'envier,

Plutôt que de payer,

 

Rêver éveillés, sans peur ni reproche d'une réalité moqueuse.

Respecter nos folies, nos humanités divines.

Les aimer tant que nous les devenons,

Les partager, les nourrir, les fusionner.

 

Et qu'au bout du chemin, elles redeviennent une.

12.01.2012

Réquisitoire contre moi-même, mais...

La pauvreté des autres nous accable, l’injustice dans le monde nous révolte et nous aimerions tous (j’espère) pouvoir y faire quelque chose.

Les plus courageux s’engagent dans des ONG, les plus contestataires manifestent dans les rues ou campent dans les parcs, les plus organisés s’engagent en politique, les plus couards (dont je suis) inondent des réseaux sociaux de billets indignés et voyant que tout ce beau monde ne parvient pas à grand-chose alors que « tout fout le camp », la majorité se résigne (les chiffres de l’abstention parlent d’eux-mêmes).

Toutefois, un point commun rassemble tout le monde: le besoin de désigner un responsable qui, de préférence, ne soit pas soi-même. Les ONG désignent les Etats, les manifestants accusent les patrons, les politiciens fustigent leurs adversaires politiques, les blogueurs accablent les résignés et les résignés s’en remettent au destin ou aux voies impénétrables du Seigneur, c’est selon.

Tout, mais surtout pas soi. Eh bien moi, je l’avoue ici, je suis coupable de la débâcle du monde. Je m’accuse et voici mon réquisitoire.

Je crains le réchauffement climatique, mais j’adore rouler sur ma moto en été et savoir que pour l’hiver, ma voiture m’abritera du froid. Je dénonce les salaires indécents des grands patrons, mais je persiste à jalouser leur richesse et à espérer secrètement faire fortune un jour sur un malentendu. Je m’offusque des conditions de travail en Chine, mais j’adore m’offrir les derniers gadgets électroniques fabriqués dans les usines Foxconn. Je dénigre l’oisiveté, mais j’aime prendre le temps de ne rien faire. Je conspue les dérives des marchés financiers, mais j’attends avec impatience que le cours de mes actions UBS remonte. Et je ne cite là que quelques exemples…

Voilà, c’est dit : je suis la démonstration vivante du « faites ce que je dis, pas ce que je fais ». S’il y en a qui se reconnaissent dans le portrait peu reluisant que je viens de dresser, qu’ils n’hésitent pas à m’en faire part, je me sentirai moins seul.

Toujours est-il qu’il m’est particulièrement pénible de m’avouer (et de vous avouer) que je fais davantage partie du problème que de la solution. Croyez-moi, j’essaie de changer (ceux qui me connaissent vous le confirmeront). Mais Dieu que c’est difficile…

J’essaie de relativiser mes travers en me disant que c’est la société, mon éducation, le hasard ou que sais-je encore qui sont responsables de ce que je suis devenu. La vérité, c’est que je suis le seul responsable de ma vie.

La vérité aussi, c’est que l’Autre, tous les autres, font partie de ma vie d’une manière ou une autre ; ils SONT ma vie. Ils font l’actualité qui me déprime au quotidien, préparent et servent les plats que je déguste au restaurant, créent les œuvres d’art que j’admire, entretiennent l’immeuble dans lequel je vis, fabriquent et me vendent les habits que je porte, se battent en vain sur les champs de bataille pour sauvegarder les intérêts financiers de ceux qui me vendent de l’essence, suscitent les émotions – agréables ou non - qui me font palpiter. La liste pourrait s’allonger à l’infini.

Je ne sais plus qui disait « l’Autre, c’est moi ». Mais il avait parfaitement raison ; raison pour laquelle, plutôt que de critiquer l’autre aujourd’hui, j’entreprends mon autocritique. Et quand bien même mes amis m’apprécient (je crois), mes confrères (ou une partie d’entre eux, au moins) me respectent, ma famille s’enorgueillit d’avoir produit un avocat, force est de reconnaître que je suis coupable.

Condamnez-moi !

Pour ma défense, je n’ai pas grand-chose à invoquer. Un seul argument, peut-être : la conscience de ma profonde et intolérable culpabilité m’empêche de condamner autrui sans avoir préalablement essayé de le comprendre. Et, toute fausse modestie mise à part, je dois dire que lorsqu’il s’agit de comprendre l’Autre, de ressentir ce qu’il ressent, je suis assez doué.

C’est ainsi qu’en dépit des innombrables chefs de culpabilité pouvant légitimement m’être imputés, je crois malgré tout avoir aidé pas mal de monde autour de moi à se sentir moins seul, par le seul fait d’avoir écouté, compris, partagé, mais surtout de n’avoir pas jugé. C’est du moins ce qu’on me dit.

J’ose ainsi espérer qu’en marge de mon inévitable condamnation, certains diront : «en me comprenant,  il m’a aidé ».

Si le principe de ma culpabilité est acquis, je vous demande de tenir compte de cette circonstance atténuante dans la fixation de ma peine. Et s’il vous reste un peu de temps, je pousserai le vice jusqu’à vous enjoindre à dénicher en vous vos propres culpabilités et ce faisant, à comprendre un peu mieux les culpabilités des autres.

Peut-être qu’ainsi, tous coupables, nous finirons par nous résigner à essayer de nous comprendre plutôt que de nous affronter. Or, chacun le sait, c’est la compréhension qui, peut-être un jour, sauvera le monde. Enfin, il n'est pas certain que chacun le sache… Et vous, cléments lecteurs (pour autant qu'il y en ait) vous le saviez ?

Bise à tous !