12.01.2012
Réquisitoire contre moi-même, mais...
La pauvreté des autres nous accable, l’injustice dans le monde nous révolte et nous aimerions tous (j’espère) pouvoir y faire quelque chose.
Les plus courageux s’engagent dans des ONG, les plus contestataires manifestent dans les rues ou campent dans les parcs, les plus organisés s’engagent en politique, les plus couards (dont je suis) inondent des réseaux sociaux de billets indignés et voyant que tout ce beau monde ne parvient pas à grand-chose alors que « tout fout le camp », la majorité se résigne (les chiffres de l’abstention parlent d’eux-mêmes).
Toutefois, un point commun rassemble tout le monde: le besoin de désigner un responsable qui, de préférence, ne soit pas soi-même. Les ONG désignent les Etats, les manifestants accusent les patrons, les politiciens fustigent leurs adversaires politiques, les blogueurs accablent les résignés et les résignés s’en remettent au destin ou aux voies impénétrables du Seigneur, c’est selon.
Tout, mais surtout pas soi. Eh bien moi, je l’avoue ici, je suis coupable de la débâcle du monde. Je m’accuse et voici mon réquisitoire.
Je crains le réchauffement climatique, mais j’adore rouler sur ma moto en été et savoir que pour l’hiver, ma voiture m’abritera du froid. Je dénonce les salaires indécents des grands patrons, mais je persiste à jalouser leur richesse et à espérer secrètement faire fortune un jour sur un malentendu. Je m’offusque des conditions de travail en Chine, mais j’adore m’offrir les derniers gadgets électroniques fabriqués dans les usines Foxconn. Je dénigre l’oisiveté, mais j’aime prendre le temps de ne rien faire. Je conspue les dérives des marchés financiers, mais j’attends avec impatience que le cours de mes actions UBS remonte. Et je ne cite là que quelques exemples…
Voilà, c’est dit : je suis la démonstration vivante du « faites ce que je dis, pas ce que je fais ». S’il y en a qui se reconnaissent dans le portrait peu reluisant que je viens de dresser, qu’ils n’hésitent pas à m’en faire part, je me sentirai moins seul.
Toujours est-il qu’il m’est particulièrement pénible de m’avouer (et de vous avouer) que je fais davantage partie du problème que de la solution. Croyez-moi, j’essaie de changer (ceux qui me connaissent vous le confirmeront). Mais Dieu que c’est difficile…
J’essaie de relativiser mes travers en me disant que c’est la société, mon éducation, le hasard ou que sais-je encore qui sont responsables de ce que je suis devenu. La vérité, c’est que je suis le seul responsable de ma vie.
La vérité aussi, c’est que l’Autre, tous les autres, font partie de ma vie d’une manière ou une autre ; ils SONT ma vie. Ils font l’actualité qui me déprime au quotidien, préparent et servent les plats que je déguste au restaurant, créent les œuvres d’art que j’admire, entretiennent l’immeuble dans lequel je vis, fabriquent et me vendent les habits que je porte, se battent en vain sur les champs de bataille pour sauvegarder les intérêts financiers de ceux qui me vendent de l’essence, suscitent les émotions – agréables ou non - qui me font palpiter. La liste pourrait s’allonger à l’infini.
Je ne sais plus qui disait « l’Autre, c’est moi ». Mais il avait parfaitement raison ; raison pour laquelle, plutôt que de critiquer l’autre aujourd’hui, j’entreprends mon autocritique. Et quand bien même mes amis m’apprécient (je crois), mes confrères (ou une partie d’entre eux, au moins) me respectent, ma famille s’enorgueillit d’avoir produit un avocat, force est de reconnaître que je suis coupable.
Condamnez-moi !
Pour ma défense, je n’ai pas grand-chose à invoquer. Un seul argument, peut-être : la conscience de ma profonde et intolérable culpabilité m’empêche de condamner autrui sans avoir préalablement essayé de le comprendre. Et, toute fausse modestie mise à part, je dois dire que lorsqu’il s’agit de comprendre l’Autre, de ressentir ce qu’il ressent, je suis assez doué.
C’est ainsi qu’en dépit des innombrables chefs de culpabilité pouvant légitimement m’être imputés, je crois malgré tout avoir aidé pas mal de monde autour de moi à se sentir moins seul, par le seul fait d’avoir écouté, compris, partagé, mais surtout de n’avoir pas jugé. C’est du moins ce qu’on me dit.
J’ose ainsi espérer qu’en marge de mon inévitable condamnation, certains diront : «en me comprenant, il m’a aidé ».
Si le principe de ma culpabilité est acquis, je vous demande de tenir compte de cette circonstance atténuante dans la fixation de ma peine. Et s’il vous reste un peu de temps, je pousserai le vice jusqu’à vous enjoindre à dénicher en vous vos propres culpabilités et ce faisant, à comprendre un peu mieux les culpabilités des autres.
Peut-être qu’ainsi, tous coupables, nous finirons par nous résigner à essayer de nous comprendre plutôt que de nous affronter. Or, chacun le sait, c’est la compréhension qui, peut-être un jour, sauvera le monde. Enfin, il n'est pas certain que chacun le sache… Et vous, cléments lecteurs (pour autant qu'il y en ait) vous le saviez ?
Bise à tous !
15:43 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
| Tags : psychologie, politique, philosophie |
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Commentaires
J'aime bien ce billet.
Ecrit par : Mère-Grand | 14.01.2012
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